C’est dans un Bruxelles sombre aux gouttes de pluie écrasantes, aux flocons glacés, à l’aura fantomatique et aux passants solitaires que nous emporte Mathieu Van Assche. Armé de son petit point and shoot, le photographe belge ne cesse de parcourir sa ville à la recherche de l’imprévu. Dans la rue, au cœur des intempéries et du fourmillement de la foule, il compose Ghost Town, une série monochrome au grain prononcé et aux flous hypnotiques, publiée dans un fanzine édité par les Américains Tour Dogs. Un ensemble d’images mêlant clichés pris à l’argentique et expérimentations sur les négatifs – des brûlures à l’acide « et autre bidouillage », comme le confie l’artiste. Et dans cet univers obscur où la dimension narrative engloutit le réel, chaque scène devient un fragment d’histoire – un film noir, une enquête qu’il nous faut élucider. « J’entends également casser la frontière souvent trop rigide entre ce qui est dit beau et laid. J’aime montrer qu’en fonction du regard que l’on porte sur les choses, celles-ci peuvent être lues très différemment », poursuit Mathieu Van Assche. Ainsi, loin de toute splendeur, Ghost Town nous présente une crasse hypnotique, un ordinaire fascinant au charme brut, lancinant, qu’on ne peut s’empêcher de dévorer des yeux.

Ghost Town, Éditions Tour Dogs, 7$, 40 p.

 

 

© Mathieu Van Assche