Après trente ans passés à Paris, le photographe italien Massimo Gurciullo est retourné dans son pays d’origine. Là-bas, il a réalisé Sicily, un projet poétique et mouvementé.

Né en Sicile, Massimo Gurciullo est un photographe autodidacte. En 1982, il quitte l’Italie pour s’installer à Paris, et trouver un emploi. Il se spécialise alors dans le portrait et le nu, et crée des clichés – toujours en noir et blanc – dans l’espace confiné de son studio. Après avoir publié plusieurs ouvrages, notamment Nudi, en 1997, et Portraits 30 ans…, en 2012, le photographe est retourné dans son pays d’origine pour réaliser un livre singulier : Sicily.

« Après plus de trente années de travail, j’ai ressenti le besoin de sortir, de me balader, d’observer la vie, confie Massimo Gurciullo. Mon studio est devenu trop serré et limité. Je ne souhaite plus réaliser de photographies prévisibles, je veux que chaque image soit nouvelle et unique. » Dans l’agitation des rues, la frénésie du quotidien, l’artiste a capturé des instants de vie, sur les lieux de son enfance.

Improviser comme un jazzman

Les flous artistiques des clichés évoquent le mouvement et le mystère. Les différents personnages se devinent, passant dans le champ du photographe. Une seconde durant laquelle Massimo Gurciullo s’immisce dans l’univers de son modèle. Si le sujet est nouveau, les images de l’auteur rappellent le voyeurisme du nu. Cette ambiguïté fascinante que l’on devine dans les corps et les regards. « Je cherche à réaliser une littérature photographique, entre mémoire et poésie, entre réel et imaginaire », précise l’artiste, qui compare ses prises de vues aux improvisations survoltées d’un jazzman. « Lorsque le musicien commence à jouer, il se laisse transporter, libre de voyager, de trouver le sens de la musique au fil du morceau ». Pour lui, le 8e art donne une nouvelle vie aux personnes, différente de celle qu’elles mènent. « Ils ont ainsi besoin de leur propre théâtre, indépendant du réel », précise-t-il.

Dans l’effervescence des rues siciliennes, le photographe construit un univers à part, peuplé de personnages étranges. Un monde fou et festif, rythmé par les mélodies entraînantes et lointaines d’un orchestre de jazz.

 

Sicily, éditions The Unknown Books, 15 €, 68 p.

© Massimo Gurciullo