Le photographe documentaire Carlo Bevilacqua a voyagé dans le monde entier à la recherche de communautés utopistes. L’ouvrage Utopia, tenir à l’impossible met en lumière un mode de vie alternatif et durable.

En 1516, Thomas More a inventé le terme « utopie ». Il décrivait alors une société idéalisée, régie par des principes communautaires, fondée sur l’agriculture et le respect de la nature. Un lieu où la propriété privée et l’argent ont été abolis, prônant, à la place, la liberté de pensée, d’expression, et la tolérance religieuse. Aujourd’hui, le terme évoque simplement un lieu heureux, mais inatteignable. L’ouvrage de Carlo Bevilaqua, établie à Milan, s’ouvre sur cette définition.

Le photographe, spécialisé dans la photographie documentaire, a voyagé aux quatre coins du monde afin de se rendre dans des communautés d’utopistes. Auprès de ceux qui osent « rêver de l’impossible. Rêver de l’idéal. Rêver de ce que tout le monde désire et que personne n’ose faire », comme l’écrit Arianna Rinaldo, éditrice et curatrice freelance, dans la préface d’Utopia, tenir à l’impossible. Un périple qui met en lumière l’existence de ces territoires étranges et paradisiaques.

Trouver une harmonie avec la nature

Au fil des pages, on découvre alors le secret des communautés utopistes : pour bien vivre, il faut trouver une harmonie avec la nature. Sur les photos, les tons verts et marron occupent l’espace – les couleurs de la nature et des saisons. Sans artifice, Carlo Bevilacqua représente un environnement libre, brut.

On découvre Green Bank, située en Virginie-Occidentale, aux États-Unis. Un lieu où tout type d’émission électromagnétique est banni. Il n’y a ni antenne, ni télévision, ni wifi, ni four à micro-onde. En Italie, la communauté Damanhur vit dans un respect intégral de l’environnement : agriculture biologique et écoconstructions fleurissent. Can Masdeu, situé en Catalogne forme un territoire hybride à la fois centre de recherche social et biologique, résidence, potager communautaire, boutique gratuite d’objets et vêtements d’occasion, et bibliothèque sociale. La ville universelle d’Auroville, en Inde, accueille quant à elle des habitants originaires de toutes les classes sociales et de toutes les cultures, et présente un système monétaire dématérialisé.

Dans un monde de plus en plus sombre, Carlo Bevacqua a su saisir, « le désir d’un difficile retour en arrière, de vivre à l’écart d’une société au conformisme forcé. Le rêve d’un nouveau monde qui ne verra pas le jour sans ce « retour à soi » », précise Romano Màdera, philosophe et coauteur de la préface de l’ouvrage. Travail sensible, presque anthropologique, Utopia, tenir à l’impossible s’inscrit dans la recherche – de plus en plus urgente – d’un meilleur futur ou d’un autre présent.

Utopia, tenir à l’impossible, éditions Intervalles, 34 €, 192 p.

© Carlo Bevilacqua