Unretouched Women : femmes protagonistes

08 août 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Unretouched Women : femmes protagonistes

Unretouched women, femmes à l’œuvre, femmes à l’épreuve fait dialoguer les œuvres de trois femmes photographes. Conçus par Clara Bouveresse, l’ouvrage et l’exposition aux Rencontres d’Arles présentent une figure féminine forte et complexe, loin des clichés d’une société genrée.

Milieu des années 1970 aux États-Unis. Le féminisme est en pleine effervescence et les mœurs se libèrent. Trois photographes américaines, membres de Magnum Photos publient chacune un ouvrage – Growing up Female, pour Abigail Heyman, The Unretouched Woman pour Eve Arnold, et Susan Meiselas signe quant à elle Carnival Strippers. Trois livres singuliers, mettant l’accent sur une narration complexe et une approche résolument féministe. « Chacune des photographes imagine une mise en scène élaborée pour construire un récit visuel où mots et images sont étroitement mêlés. Leurs textes retentissent comme autant de voix singulières, des témoignages retranscrits par Susan Meiselas aux récits à la première personne d’Eve Arnold et Abigail Heyman », précise Clara Bouveresse, commissaire de l’exposition Unretouched Women, aux Rencontres d’Arles et auteure de l’ouvrage.

Chaque chapitre de Unretouched Women, Femmes à l’œuvre, femmes à l’épreuve mêle les œuvres des trois photographes. Une écriture à six mains donnant à voir la complexité des thèmes abordés. « Maquillage et mise en scène », « les conventions sociales démasquées » ou encore « femmes à l’œuvre », chaque partie présente la femme sous un nouvel angle, mettant en évidence l’importance de l’apparence, ou encore les talents des femmes, mis à mal par des rôles sociaux trop figés. Un dialogue dynamique entre ces photographes engagées.

Abigail Heyman, Supermarché, 1971 © Abigail Heyman

Abigail Heyman, Supermarché, 1971 © Abigail Heyman

Une femme forte et complexe

« Comment se transmettent, se transforment et s’incarnent les normes et les stéréotypes changeants qui définissent le féminin ? Comment dénoncer les carcans entravant les femmes tout en proposant des voies alternatives ? Comment exposer les rouages de la discrimination sans verser dans le fatalisme ? Comment trouver sa place lorsque l’on est une femme sans se voir enfermée dans un rôle genré ? »

s’interroge Clara Bouveresse. En réalisant des clichés personnels, accompagnés d’extraits de journaux intimes, Abigail Heyman s’interroge sur la nature de la femme, sur sa force et sa beauté. En 1972, elle photographie son propre avortement, en capturant ses jambes violemment écartées sous l’œil du médecin. Une image poignante, montrant sans artifice les souffrances subies par le corps féminin.

Eve Arnold représente, quant à elle, les femmes en refusant toute retouche et mises en scène. En photographiant anonymes et célébrités au naturel, elle mène un combat contre les carcans de beauté exigés par la société. Parmi ses images, des clichés saisissants de l’actrice Joan Crawford, le visage couvert de bandage, donne à voir les rituels fastidieux auxquelles se soumettent les femmes.

C’est dans l’atmosphère pesante des cabarets forains que Susan Meiselas s’immisce. Le boîtier à la main, elle découvre le quotidien des strip-teaseuses. Entre ennui, violence, tristesse et sexualité, les témoignages de ces femmes complètent les images crues de l’artiste. Un ensemble aussi tragique que fascinant. Qu’elles capturent les tâches quotidiennes menées par les femmes – synonymes d’une société genrée – leurs visages au naturel, ou l’hypersexualisation des corps, les trois artistes présentent une figure féminine forte et complexe, loin des clichés de l’époque. Leurs œuvres lèvent le voile sur les travers d’un monde patriarcale et placent, pour une fois, la femme en protagoniste de sa propre histoire.

 

Unretouched Women, Femmes à l’œuvre, femmes à l’épreuve, éditions Actes Sud, 35 €, 168 p.

 

Couverture du livre d’Eve Arnold, The Unretouched Woman, New York, Knopf, 1976Couverture du livre de Susan Meiselas, Carnival Strippers, New York, Farrar, Strauss & Giroux 1976

À g. couverture du livre d’Eve Arnold, The Unretouched Woman, New York, Knopf, 1976, à d. Couverture du livre de Susan Meiselas, Carnival Strippers, New York, Farrar, Strauss & Giroux 1976

Couverture du livre d’Abigail Heyman, Growing Up Female: A Personal Photo-Journal, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1974.

à g. couverture du livre d’Abigail Heyman, Growing Up Female, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1974

Explorez
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
16 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
13 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Au Palais de la Porte Dorée, l'art dénonce les discriminations
Jane Evelyn Atwood, La boxe féminine, 2000 FNAC 2000-208 Collection du Centre national des arts plastiques © Jane Evelyn Atwood
Au Palais de la Porte Dorée, l’art dénonce les discriminations
Le musée de l’Histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée présente son exposition jusqu'au 23 août 2026.
16 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •