Dans The Hunt, projet mêlant photographie et vidéo, Álvaro Laiz raconte l’histoire tragique d’une chasse au tigre en Russie. Il y expose la relation complexe entre l’homme et la nature qui oscille entre le conflit et la fascination.

Le peuple sibérien Oudegueïs évolue loin de la civilisation. Ses croyances sont bercées par des mythes anciens dans lesquels les tigres sont les dieux de la forêt. Des créatures qu’il respecte de peur qu’elles ne se transforment en Amba, une bête démoniaque capable de traquer et de tuer les hommes. En 1997, Markov, un braconnier, décide d’attaquer un tigre, mais il perd le combat et s’enfuit. Le redoutable Amba le traquera pendant trois jours pour finalement le dévorer.

Cette histoire, relatée par John Vaillant dans son livre Le Tigre, une histoire vraie de vengeance et de survie, inspire le photographe espagnol Álvaro Laiz. « J’ai toujours été fasciné par le chamanisme et les liens entre la nature et la culture », confie-t-il. Touché par le récit, il part en expédition à l’est de la Russie. À l’issu de son périple, il réalise un ouvrage, accompagné d’une vidéo, ancrés dans la réalité, et emprunts de mythologie. Un récit passionnant ponctué par les témoignages des autochtones et la présence filée de la bête monstrueuse.

L’homme face à la nature

Si l’histoire de Markov est née dans un village abandonné de la forêt boréale, elle résonne de manière universelle. Le tigre, figure toute-puissante, représente la nature sauvage, et sa relation conflictuelle avec l’humanité.

Laiz suit ainsi la lignée des artistes subjugués par ce combat incessant – les peintres Friedrich et Turner ou encore l’écrivain Hemingway. Le tigre symbolise l’instinct, la sauvagerie dominant l’homme, et la victoire de la bête prédit celle de l’environnement sur l’arrogance humaine. « La famille de Markov pleurait, lorsque nous avons ramené son corps », explique un des hommes de la communauté. « Mais Markov est le seul responsable de cette tragédie et c’est lui qui a causé cette tristesse. »

Dans The Hunt, le conflit s’ancre dans un univers isolé, un huis clos sous la forme de plaines glaciales et désertes. La taïga et son sol gelé sont un terrain naturel et hostile. À travers les témoignages qu’il collecte, Álvaro projette son histoire dans un monde où nature, culture et mythes sont indissociables. « Les croyances de ces hommes sont liées à des forces surnaturelles qu’il faut respecter à tout prix », ajoute le photographe. Loin du monde urbain, ce conte sur la vanité de l’homme et le pouvoir de la nature devient d’autant plus captivant.

 

 

 

The Hunt, Éditions RM, 40 €, 108 p.

 © Álvaro Laiz