Fasciné par les boîtes de nuit, Karel Chladek capture les rencontres éphémères sur les pistes de danse. Il signe, avec Public Intimacy, un ouvrage sensuel, rappelant, avec nostalgie, l’euphorie de la fête.

Depuis plus d’un an, le monde de la nuit est en suspens. Sa folie, son désir d’abandon, ses rencontres éphémères oubliés, face au poids de la pandémie. Que reste-t-il, de ces évasions nocturnes, lorsque la musique gronde et emporte les danseurs sur la piste ? De ces heures festives, où les néons n’illuminent qu’une partie des visages, des corps, et transforment le réel en un décor de cinéma ? Cet univers tamisé, Karel Chladek, photographe montréalais de 29 ans, le connaît bien. Passionné de musique électronique, il a pris l’habitude d’écumer les dancefloors, à la recherche de récits – aussi brefs qu’intenses. « Mon approche est intuitive, imaginative. Je me vois un peu comme un spectateur qui observe des histoires se construire. Je me laisse guider par les couleurs, les impulsions, les apparats et tout autres détails qui font d’un moment celui que j’aimerais regarder », explique-t-il.

Au fil des années, l’auteur a appris à utiliser son boîtier « pour l’adapter aux défis qu’occasionne la photographie nocturne ». En plein cœur de la foule, immergé dans les mouvements des corps, il capture, avec patience, ce qui l’intrigue : « des romances éphémères vécues par des sujets anonymes ». Sans jamais sombrer dans le vulgaire, Karel Chladek s’applique à saisir la passion, la tendresse entre deux sujets, « en laissant toujours libre interprétation au public quant au récit que dégage le cliché », précise-t-il.

L’euphorie du moment

« Sans même m’en rendre compte, le thème de l’intimité a fini par se révéler comme une évidence dans mon travail. Je perçois une soirée en boîte de nuit comme le déroulement d’un film qui se compose, et dont je retiens les scènes les plus mémorables », confie le photographe. Et, à la manière d’un metteur en scène un peu fou, Karel Chladek laisse à ses sujets le soin d’improviser : « Ils ne sont généralement pas au courant que je les photographie. Afin de ne pas interférer dans leur espace, je me dois d’être rapide, et surtout d’agir au bon moment. Ils sont souvent pris dans leur propre monde, j’aime dire qu’il règne une sorte de collaboration intuitive entre les gens que je capture et moi-même », ajoute-t-il.

Inspiré par le peintre américain Mark Tennant, convaincu que « l’art est la vie », et par la filmographie de Gaspard Noé, connu pour ses scénarios sulfureux et ses prises de vue hallucinatoires, Karel Chladek donne au monde de la nuit une prestance théâtrale. Face à son objectif, les rapprochements fugaces provoqués par l’euphorie du moment deviennent splendides, touchants. Dans un clair-obscur plaisant, les couples d’un soir se changent en porteurs de fantasmes d’un imaginaire commun. « Il s’agit majoritairement d’une documentation de la jeunesse, de l’impulsion, de l’amour, qu’il soit sincère ou éphémère », ajoute l’auteur. Imprimés dans un livre au titre évocateur – Public Intimacy – les clichés s’imposent comme des témoignages – de la beauté de l’abandon, et d’un autre temps, où danser avec un ou une inconnu·e pouvait être vu comme une simple libération.

 

Public Intimacy, Éditions Thought Catalog, 39,99$, 88 p.

 

 

 

 

 

© Karel Chladek