Inspiré par son séjour en Birmanie, Jerome Ming capture son environnement d’une manière inattendue. Il signe avec Oobanken, publié aux Éditions MACK, un ouvrage énigmatique combinant installations, photographies et philosophie.

Décors minimalistes, scènes de théâtre laissé à l’abandon, ou mises en scène éphémères… Les images de Jerome Ming font planer un mystère bienvenu. Dans un noir et blanc maîtrisé, au cœur duquel les gris se contrastent et deviennent presque des couleurs à part entière, il construit un récit nébuleux.

« J’ai adopté plusieurs approches, au fil des années, et toutes m’ont conduit à ce que je suis maintenant. Elles étaient nécessaires, et continueront, sans doute, à influencer mes projets futurs », déclare le photographe. Après avoir passé son enfance dans le sud de l’Afrique, l’auteur s’est inscrit en école d’art, où il découvre, avec plaisir, « les secrets de la chambre noire », qui le poussent à expérimenter, pour la première fois avec le médium. Devenu ensuite photojournaliste, il peine à se reconnaître dans ses créations. « Il y avait un conflit latent. Aussi, j’ai commencé à incorporer les dynamiques visuelles de cette discipline et du documentaire à mes travaux plus artistiques », raconte-t-il. C’est donc ce mélange des genres qui nourrit Oobanken, un livre pour le moins énigmatique. Hors de tout contexte, les images de l’ouvrage capturent des instants de fantaisie aussi saisissants qu’insensés.

Les réponses importent peu

L’artiste a réalisé ce recueil de mises en scène en Birmanie. Un pays à l’histoire difficile, meurtri par de nombreuses dictatures et une violence médiatisée. « Le territoire devenait alors de plus en plus accessible, et des changements visibles avaient lieu tous les jours. J’y séjournais avant que les premières élections libres ne soient organisées », précise Jerome Ming. Son environnement agit alors comme un catalyseur, le poussant à produire des images représentant l’espace d’une manière différente, inédite. Inspiré par le Oobanken (ou le Grand Coucal, un oiseau d’Asie du Sud-Est) dont le chant « [l’] avait accompagné pendant des années sans qu[‘il] le réalise », le livre défend un certain désir de liberté.

Lorsqu’on observe les installations alambiquées du photographe, seules les pistes de réflexion comptent, et les réponses importent peu. Influencé par le surréalisme et les formes géométriques, Jerome Ming présente un monde factice, minutieusement organisé. Face à l’objectif, les objets, et les quelques êtres vivants composant les clichés se métamorphosent. Nourries par son histoire personnelle, qui apparaît, çà et là, comme une énigme insaisissable, les images explorent les notions d’appartenance, de fonctionnalité et questionnent même la nature de l’ouvrage – lui aussi objet géométrique. Déconcertant, Oobanken s’impose comme un périple métaphysique façonnant un univers matérialiste pour mieux le déconstruire. Une aventure des plus singulières.

 

Oobanken, Éditions MACK, 30€, 68 p.

© Jerome Ming / Publié par MACK