La maison d’édition Revers consacre son troisième zine au travail de Laurence Kourcia, Origine Séfarade. Une nouvelle vision du territoire français sortie des archives.

Mettre en avant des univers et des auteurs et proposer une vision atypique du territoire. Tel est l’objectif de Revers éditions, une maison d’édition 100% zines lancée en l’été dernier. « En anglais, « Reverse » évoque l’idée de changement, explique la photographe et fondatrice, Elsa Seignol. En montrant des choses peu connues, nous proposons un regard à revers aussi », précise-t-elle. Chacun des zines (publication papier entre le magazine et le livre) est dédié à un photographe français et à sa vision du territoire. « L’idée est de montrer la France différemment aux Français, mais aussi aux étrangers, c’est pourquoi tous les zines sont bilingues », ajoute-t-elle. La maquette vintage laisse la place à l’image et renvoie à un aspect essentiel du projet : les archives. Car Revers éditions présente des travaux immersifs, réalisés dans les années 1970 à 1990. « L’idée était de réactiver les archives de plusieurs photographes et de montrer autrement des images que nous n’avons pas l’habitude de voir », explique-t-elle.

De Belleville à Sarcelles, de mariages en Bar-mitsvah, j’ai baladé mon regard et mes interrogations. Je cherchais des gestes, des regards, des visages familiers. J’ai rencontré des riches des pauvres, des pieux et tous ceux qui confondent tradition familiale et pratique religieuse.

Une vision atypique de la France

Revers éditions annonce un nouveau numéro dédié au travail de Laurence Kourcia, intitulé Origine séfarade. Laurence Kourcia développe depuis plusieurs années une approche intimiste autour de sujets sociétaux : les communautés, les banlieues ou encore l’adolescence. « J’aime m’immerger et devenir presque invisible », confie la photographe qui aime traiter ses sujets depuis l’intérieur. Durant deux ans, elle a travaillé sur la communauté séfarade (membres de communautés juives historiques originaires de la péninsule Ibérique). Un double retour aux origines. « J’évoque l’origine au sens large du terme ainsi que la mienne. Cela est lié à ma grand-mère car avec sa disparition s’en allaient mes racines. Elle emportait avec elle le mystère d’un pays (l’Algérie) où je suis née et que je ne connais pas. Elle était la garante de toutes ces traditions, ces superstitions d’un autre âge, du lien familial. »
Elle évoque à travers Origine séfarade la question de la double appartenance, juive et arabe. « Je traite de l’ambiguïté et du déchirement entre ces deux racines. Je fais partie de la génération qui n’a pas connu l’exil, ou du moins qui ne s’en souvient pas. Je me suis souvent moquée de ce côté excessif, parfois associé aux juifs séfarades. En réalisant ce reportage, j’ai vraiment réalisé que toute cette culture démonstrative n’était pas qu’un folklore. C’est un moyen de se rattacher à leur histoire. »

Laurence Kourcia signe ici sa première publication dans un zine, et souligne l’œil affuté d’Elsa Seignol. « J’aime beaucoup la thématique de la collection. Elsa propose une vision atypique de la France, loin des clichés. Les doubles pages et le plein format des photos sont percutants, on en a plein les yeux », confie-t-elle. Elsa Seignol prouve avec ce projet de beau zine qu’un travail documentaire au long cours demeure intemporel et universel. Les zines de Revers éditions sont disponibles en ligne et en librairie à Paris, Barcelone et Los Angeles.

Signature et talk le 31 janvier 2019 chez Graine de Photographe, à partir de 18h30 – 14 quai de Béthune, 75004 Paris

Origine Séfarade, Revers éditions, 10 €

© Laurence Kourcia