« Marguerites » : métro, boulot, photo

26 avril 2022   •  
Écrit par Julien Hory
« Marguerites » : métro, boulot, photo

Avec Marguerites, livre paru chez Art Paper Editions, Édouard Jacquinet nous ouvre les portes des plus grands call centers de la planète. Dans une démarche à la fois esthétique et conceptuelle, le photographe français joue avec les codes du travail de bureau pour créer un espace imaginaire.

Pour tous, la marguerite est une fleur. Pour d’autres, elle évoque également un prénom, une chanson de Brassens ou l’animal qui accompagne Fernandel dans La Vache et le Prisonnier (réalisé par Henri Verneuil). Mais pour certains, plus rares, ce mot désigne un format de bureaux partagés. Répandus dans les open spaces, ces derniers adoptent une apparence étoilée rappelant la plante originelle. Marguerites, c’est aussi le titre choisi par Édouard Jacquinet pour son premier livre photo paru chez Art Paper Editions. Pendant près de cinq ans, le photographe français a parcouru le monde capturant les espaces de travail et les centres d’appels, souvent prestataires de grandes sociétés telles Amazon, Apple et consorts.

Un sujet pour le moins déroutant qui ne manque cependant pas d’intérêt. Chacun, un jour ou l’autre, a eu à faire à l’un de ces call centers. Ils sont en charge de multiples services comme la relation client, l’assistance technique ou encore le SAV. Des rapports B To B (ensemble des activités commerciales nouées entre deux entreprises, NDLR) au classique B To C (lien entre les entreprises et les particuliers, NDLR), l’éventail des secteurs dans lesquels interviennent ces sociétés est large. Mais qu’y a-t-il à l’autre bout de la ligne ? Edouard Jacquinet a eu accès à ces lieux discrets et en révèle l’intérieur et les personnes qui y travaillent.

© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet

Des théâtres modernes

Pour pénétrer ces endroits fermés, le photographe, formé au 8e art à l’école des Gobelins, a pu compter sur un coup de pouce familial. « Pendant une quinzaine d’années, explique-t-il, mon père a aidé des entreprises à monter des centres d’appels partout sur la planète. J’ai commencé à photographier pour moi et puis j’ai réalisé des commandes. Tout cela était un peu abstrait au départ, puis je me suis dit qu’il y avait un sujet ». De l’Angleterre au Cameroun, en passant par les Philippines et Madagascar, Édouard Jacquinet parcourt ces théâtres modernes et anonymes qui pourraient paraître austères aux profanes.

Car, il faut le reconnaître, rien ne ressemble plus à un centre d’appel qu’un autre centre d’appel. Et pourtant, ils ont chacun leurs caractéristiques. Dans Marguerites, Édouard Jacquinet relève minutieusement tous les indices classiques de ce genre d’espace : téléphones fixes, chaises de bureaux, des tableaux blancs… Parfois, quelques éléments de décors révèlent des traces de convivialité comme ce sapin de Noël au milieu d’une pièce. La mosaïque de détails capturés par le photographe finit par constituer un nouveau lieu imaginaire, une sorte de call center idéal. « Ce sont des espaces très colorés, mais surtout très identifiés aux marques. L’utilisation du noir et blanc m’a permis de connecter des espaces différents pourtant éloignés de plusieurs milliers de kilomètres ». Pourtant, l’humain est bien présent dans Marguerites.

© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet

Un roman de Michel Houellebecq

Ces décors que nous croirions tout droit sortis d’un roman de Michel Houellebecq abritent un univers très animé. « Ce que j’ai produit ne ressemble pas à la réalité, admet Édouard Jacquinet. On a l’impression d’être dans un endroit très hermétique alors qu’il y a beaucoup de vie et d’interactions entre les gens. Certains centres sont pareils à des campus universitaires avec d’immenses cafétérias et plein de nationalités différentes s’y côtoient. On trouve tous types d’individus avec des parcours de vie parfois étonnants ». Rigides, leurs postures font écho à leur environnement.

Lorsque la question de publier ce projet est venue, Édouard Jacquinet s’est tourné vers un éditeur. Pour lui, en faire un livre était la finalité souhaitée. « J’avais en tête les grandes lignes directrices, se souvient-il. La plupart correspondaient à celles de mon éditeur. Mais il m’a surtout aidé à supprimer des images. Il n’avait pas autant d’affects que moi envers elles. Il a su poser un regard lucide et apporter de la cohérence et de l’homogénéité au projet ». À l’arrivée, Marguerites est un ouvrage abouti. Édouard Jacquinet a réussi le tour de force de transformer un sujet difficile, voire rugueux, en une analyse intelligente et originale. Le tout avec une esthétique réfléchie et maîtrisée.

Marguerites, Art Paper Editions, 25€, 64 p.

© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet
© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet
© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet
© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet
© Edouard Jacquinet© Edouard Jacquinet

© Edouard Jacquinet

© Édouard Jacquinet

Explorez
Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France, est décédé
© Philippe Vermès
Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France, est décédé
Alain Paviot nous a quittés ce mardi 29 septembre. Pionnier du marché de l’art, il a créé l’une des premières galeries de photographies...
29 septembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
© Marisol Mendez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales...
26 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Saul Leiter, Taxi, 1957 Collection Florence et Damien Bachelot © The Saul Leiter Foundation
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Dans l’écrin spectaculaire de l’abbaye royale de Fontevraud, la photographie se mesure à la peinture, s’en inspire, la détourne et finit...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Fisheye vous invite au Salon Photo & Vidéo 2026 !
Le Parc aux Cerfs © Gerald Petit. Collection musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône
Fisheye vous invite au Salon Photo & Vidéo 2026 !
Cette année, le Salon Photo & Vidéo se tiendra du 8 au 11 octobre à la grande halle de La Villette. Il s’intéressera autant à l’image...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lors du Salon Photo & Vidéo, participez aux balades visuelles Sandisk™ x Fisheye !
© Diane Moyssan
Lors du Salon Photo & Vidéo, participez aux balades visuelles Sandisk™ x Fisheye !
Après les Conversations photographiques lancées à Arles l’été passé, Sandisk™ et Fisheye s’associent de nouveau et proposent des balades...
02 octobre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
4 événements photographiques à découvrir en octobre 2026
© Cristóbal Ascencio
4 événements photographiques à découvrir en octobre 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en octobre...
02 octobre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À l'IMA-Tourcoing, Serge Najjar nous montre son pays à lui, le Liban
© Red Swipe 2015 Serge Najjar
À l’IMA-Tourcoing, Serge Najjar nous montre son pays à lui, le Liban
À l’Institut du monde arabe-Tourcoing, la photographie s’entremêle avec l’architecture et l’abstraction. Jusqu'au 17 janvier 2027...
01 octobre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA