Claudine Doury émeut par son travail emprunt de délicatesse et de simplicité. À travers son dernier ouvrage intitulé Amour, l’artiste – éprise des peuples sibériens – tente de retrouver les familles rencontrées lors de ses premières pérégrinations dans les années 1990. Une œuvre intime autour du voyage et de la mémoire.

Qu’est-ce que l’amour ? Un sentiment charnel, familial, amical qui peut être abstrait comme intense… L’ «amour » . C’est aussi le titre du dernier ouvrage de Claudine Doury, une photographe installée à Paris. L’artiste redécouvre ce terme en 1989, alors qu’elle parcourt un atlas, et suit une courbe bleue : le fleuve Amour – le plus important de la Sibérie. Elle part à sa rencontre à trois reprises : en 1991, 1997, et plus récemment, en 2018. De ces quêtes sibériennes émane un livre de photographies, édité par Chose Commune. Les peuples des années 90 sont-ils encore présents ? A-t-elle retrouvé les familles rencontrées lors de ces deux premiers voyages ?

Odyssée et onirisme 

« Ce projet restitue, sous la forme du journal, mon cheminement à travers plusieurs strates temporelles de la vie de ces familles et de ces peuples. Il témoigne aussi d’un territoire qui porte les traces de son histoire : de la conquête de l’Est par les Cosaques jusqu’au peuplement russe au cours des siècles », confie Claudine Doury. Sa première rencontre avec les Nanaïs et Oultches – peuples indigènes de Sibérie, cousins des Amérindiens – est prédominante de cette relation fusionnelle. Le livre Peuples de Sibérie, du fleuve Amour aux terres boréales, publié au Seuil en 1999, conte ce premier rendez-vous. 27 ans plus tard, le coup de foudre demeure. Elle entame un enregistrement silencieux du temps qui passe de ce fleuve qu’elle aime tant. 

« Sombre et un peu démesuré ». C’est ainsi que Claudine Doury définit le cours d’eau obscur et immense – 4 354 kilomètres de long. Rêveuses, énigmatiques, ses images sont aussi romanesques. « La Russie est une autre planète, mais qui m’est familière, j’en connais les codes. Je m’y sens bien, comme à la maison », ajoute l’artiste qui manie parfaitement l’alphabet cyrillique. Les liens tissés avec les paysages côtiers et les peuples au fil des années se fixent dans une intemporalité déroutante. Amour s’impose comme un récit visuel d’une odyssée traçant les mémoires de peuples sibériens. Un projet à découvrir, installé confortablement chez soi, ou en visitant la Galerie In Camera, qui nous l’espérons, réouvrira ses portes d’ici le 23 mai. 

Amour, Chose Commune, 42 euros, 104 p.

 

Amour 

Du 27 mars au 23 mai

 Galerie In Camera

 21 rue Las Cases, 75007 Paris

© Claudine Doury