Joel Meyerowitz s’est imposé, dès les années 1960 comme un grand photographe de rue. Dans Rétrospection, il fait le point sur sa carrière, de ses derniers projets, en remontant jusqu’à ses débuts. Un récit porté par sa plume comme ses images.

Joel Meyerowitz grandit dans le Bronx, un quartier new-yorkais hétéroclite lui permettant d’affûter son œil de street photographe. Sans se soucier d’une mode quelconque, le photographe préfère la couleur au noir et blanc, et devient ainsi pionnier d’une nouvelle esthétique. Dès 1962, il arpente les rues à la recherche de poésie, et de récits captivants. Aujourd’hui âgé de 80 ans, le photographe a bien évolué. De la rue, il s’est tourné vers les piscines, les portraits ou encore les natures mortes. Un parcours impressionnant.

Rétrospection s’organise comme une biographie antéchronologique, partant de ses images les plus récentes, prises dans l’atelier de Cézanne, jusqu’à ses premiers clichés urbains, capturés cinquante ans plus tôt. En remontant le temps, on découvre les différentes identités de Joel, au rythme de ses propres mots. « J’ai découvert que j’avais une seconde personnalité photographique », écrit-il, par exemple. « Le jazzman qui improvisait dans la rue cédait la place à une façon de voir plus classique, plus lente, plus contemplative ». Une plongée inédite dans l’univers du photographe.

Mémoires d’un grand photographe

Ses écrits, comme ses images nous accroche. Divisé en plusieurs chapitres, l’ouvrage revient sur les différentes expérimentations photographiques de l’artiste. Dans chaque section se trouvent des commentaires de l’auteur, des bribes de pensées. Nous voilà catapultés en 2001, peu avant les attentats du 11 septembre. Joel photographie le paysage depuis sa fenêtre, les tours jumelles en face de lui. La photo ne le satisfait pas, mais, se dit-il, « elles seront toujours là la semaine prochaine ».

Quelques jours plus tard, la fumée envahit New York et les ruines des tours ne peuvent pas être approchés par les photographes. « Parfois, la vie vous donne juste la pichenette qu’il vous faut », commente le photographe. « Je me suis dit qu’ils n’avaient pas le droit de m’empêcher de prendre des images. Pas de photo, cela voulait dire aucune trace d’un des événements les plus intenses jamais survenus aux États-Unis. Nous avions besoin de garder une archive des répercussions ». Naissent alors ses clichés de l’après-chaos.

Plus tard dans sa carrière, le photographe se passionne pour le portrait. Entre deux images, il se confie au lecteur : « Lorsque j’ai commencé à mieux regarder les gens, j’ai réalisé que chaque personne est sincèrement fascinante », confie-t-il. « Le grain de sa peau au soleil, son port de tête, sa manière de se tenir… Bien sûr, quand on observe quelqu’un avec attention, sa personnalité émane de lui, peu importe ce qu’il essaie de montrer ou de cacher ». On apprend alors que sur 100 portraits réalisés en 1980, 35 représentent des personnes rousses. « C’est la figure de ma vérité », explique Joel. « Je me suis alors tenu dans le face-à-face, le regard rivé sur ce vers quoi la « spécialité de mon désir » m’avait poussé ». Intime et singulier, Rétrospection donne à voir les mémoires d’un grand photographe, ses illuminations comme ses doutes, depuis ses débuts spontanés et jusqu’à ses projets plus réfléchis.

© Joel Meyerowitz

Rétrospection, Éditions Textuel, 59€, 352 p.