Dans son livre Future Perfect, publié aux éditions Kehrer, Zosia Promińska explore les chambres des mannequins de moins de 16 ans, rêvant d’une carrière dans le monde de la mode, de beauté, et de jeunesse éternelle.

Dans les magazines, sur les écrans et sur les panneaux publicitaires, les images de mode s’étalent chaque jour aux yeux de tous. À l’instar des acteurs de cinéma, les mannequins créent le fantasme de la réussite, du glamour, de l’argent et du luxe. Des générations d’enfants rêvent de ressembler aux idoles qui s’affichent sur les pages de papier glacé. Nombre d’entre eux aspirent à vivre les carrières de Naomi Campbell, Bella Hadid ou encore Kate Moss. Malheureusement, peu y parviennent. Il suffit de voir la multiplication des agences de modèles pour comprendre l’importance du phénomène. Dans leur couloir, des dizaines voire des centaines d’adolescents, aussi bien des filles que des garçons s’agglutinent, des étoiles dans les yeux, avec la peur qu’on ne veuille pas d’eux.

Zosia Promińska a été l’une d’entre eux. « À l’âge de 15 ans, se souvient-elle, j’ai commencé une longue carrière de mannequin international. L’observation des séances de shooting m’a donné envie de passer de l’autre côté de l’appareil photo. La transition est venue très naturellement. J’ai débuté en photographiant mes camarades mannequins. Après un certain temps, les premières offres commerciales ont suivi. Pour élargir mes connaissances techniques, j’ai ensuite étudié le 8e art à Varsovie» C’est cette expérience singulière qui la conduira à envisager le projet Future Perfect, justement sous-titré Portraits intimes d’adolescents polonais, rêvant d’une carrière dans le monde de la mode. À travers ce travail presque sociologique, la photographe entend explorer l’obsession des sociétés occidentales pour la jeunesse et les idéaux de beauté.

Une étape de la vie

Les sujets qui concernent l’adolescence sont parfois délicats. Cette période de transition est souvent celle de nombreuses perturbations. C’est une étape de la vie durant laquelle on cherche à se fondre dans la masse, tout en exprimant une part de son individualité. On se protège, et on créé un monde à soi. Dans certains cas, la chambre devient un refuge inviolable. Alors, comment aborder ce moment crucial de l’existence quand votre quotidien est déjà hors du commun ? Quel impact cela a-t-il sur des jeunes dont les premiers contrats avec des agences de mannequins professionnelles suscitent des attentes ? C’est à ces questions que Zosia Promińska tente de répondre avec Future Perfect.

On l’aura compris, la photographe aborde le sujet pour des raisons très personnelles. Mis en scène avec soin dans les limites intimes de leurs chambres et entourés de petits détails reflétant leur enfance, les modèles se présentent dans les collections des meilleurs designers polonais. « Toutes les personnes présentées dans Future Perfect sont des mannequins pour adolescents signés en agence à travers toute la Pologne, explique Zosia Promińska. J’ai obtenu les contacts de leurs agents, mais je ne les ai jamais rencontrés au préalable. Mes seuls critères ? Leur âge et le fait qu’ils soient professionnels. Chacun des modèles est coiffé et maquillé par des spécialistes. »

L’après #MeToo

Pour les profanes ou certaines critiques de la société de consommation, les mannequins sont déshumanisés, objetisés, exploités et par là même interchangeables. La démarche de Zosia Promińska leur redonne une forme d’intégrité, d’identité et de personnalité. « Pour ce projet, j’ai représenté une centaine de jeunes personnes à travers la Pologne. Leurs rêves, leurs espoirs et leurs chances de succès dans l’industrie sont très différents. Par exemple, pour un enfant d’un petit village isolé, loin de Varsovie, il sera beaucoup plus difficile de réussir dans ce secteur. D’autre part, tous n’ont pas souhaité faire ce métier. Certains ont été repérés lors de castings sauvages, précise la photographe. Parmi tous ces adolescents, il y en a qui ont détesté l’expérience du mannequinat et ont arrêté. D’autres ont été lâchés par les agences. Cependant, depuis que j’ai commencé Future Perfect, une partie d’entre eux a fait des carrières impressionnantes. »

Le monde de la mode tel que l’a connu Zosia Promińska a changé, et elle le sait. Pour elle, l’évolution de cette industrie va dans le bon sens : « L’univers de la mode s’améliore, y compris lorsqu’il s’agit de traiter les mannequins et particulièrement les jeunes. De nouvelles lois limitent l’âge des modèles employés par les plus grands acteurs du secteur et diverses chartes ont été signées pour fournir des normes plus adaptées. À noter qu’après l’affaire #MeToo, il y a plus de sensibilisation. Les médias sociaux offrent un lieu d’échange d’informations et de communication. Des diversité et des morphologies qu’on ne voyait pas avant commencent à apparaître. » À la lecture de ces propos, on a le droit de croire qu’une forme de progrès s’est mise en marche. La preuve ? Ceux qui sont censés créer les tendances s’inspirent enfin de la réalité de la société.

Future Perfect, éditions KEHRER, 30€, 120p.

© Zosia Promińska