Il aura fallu quatre ans à l’éditeur allemand Benjamin Wolbergs pour publier New Queer Photography. Une anthologie visuelle capturant avec justesse les nuances, les progrès et les craintes de la communauté LGBTQIA d’aujourd’hui. Lumière sur un recueil nécessaire.

« J’ai eu l’idée de réaliser ce livre il y a environ quatre ans, lorsque je travaillais sur un projet autour de la photographie des corps pour la Maison d’Édition Taschen. Les images, datant des années 1950, étaient clairement conçues pour un public gay. Je me suis alors interrogé : à quoi ressemblerait un livre queer contemporain ? Quels photographes et thématiques seraient présentés ? », raconte Benjamin Wolbergs, directeur artistique et éditeur berlinois. Passionné, ce dernier se lance dans un long processus de création, réalisant, entre deux commandes, ce qui deviendra New Queer Photography. Une mise en page lente, qui lui permet, in fine, de repousser les limites de son propre concept. « Cette période m’a permis d’étudier les œuvres des artistes de manière intense, c’est finalement un coup de chance d’avoir pu travailler dessus pendant si longtemps », confie-t-il.

L’ouvrage regroupe 40 auteurs, aux écritures diverses, sensibles, marquantes. À ces images s’ajoutent des mots – notamment de Ben Miller, chercheur allemand et membre du conseil d’administration du Schwules Museum de Berlin, consacré à la culture LGBTQIA. Une fusion immersive, explorant l’évolution, le parcours d’une communauté toujours marginalisée. « Il me semblait important de présenter le plus grand nombre de mondes imaginaires queer possible, en me fiant à mon instinct, plutôt qu’à des approches dogmatiques », explique Benjamin Wolbergs.

© à g. Alexandre Haefeli , à d. Gerardo Vizmanos

Une explosion de regards

Au cœur de l’ouvrage ? Une volonté de « se différencier des autres publications gays ou queer, qui mettent encore l’accent sur les corps cis musclés ». « Je trouve cette vision unidimensionnelle du genre, de la beauté, de l’esthétique dépassée, ennuyeuse, et même toxique », déclare l’éditeur. Résolument moderne, l’ouvrage offre au lecteur une explosion de regards, une vision multiple du sublime, de l’amour, de la sensualité. Sur les pages de New Queer Photography, les corps – cis, trans, non-binaires – se dévoilent, s’apprivoisent. Dans l’intimité des chambres ou sur les pistes de danse des ballrooms, ils se déhanchent, se dénudent et s’affranchissent des règles. Une libération que les photographes capturent avec justesse. Collages, gros plans, documentaires, Polaroïds… Tous jouent avec le médium pour mieux illustrer leur définition du « queer ».

Mais plus qu’un simple recueil d’histoires, le livre entend donner une visibilité aux acteurs de la communauté, à ceux qui souffrent, et qui subissent, toujours, la discrimination. « Les LGBTQIA deviennent plus reconnus, au cœur de notre société, mais cette reconnaissance est extrêmement fragile. En Pologne, par exemple, les politiciens d’extrême-droite rendent des quartiers entiers “interdits aux LGBT” … », rappelle le directeur artistique. En parallèle, si la représentation de ces minorités dans des séries populaires – comme Ru Paul’s Drag Race – permet à un monde hétéronormé de s’ouvrir à cette culture, elles demeurent très éloignées de la réalité du « coming out ». « Rendre visible est un élément clé de l’acceptation, j’espère que cet ouvrage sera ma contribution », précise Benjamin Welberg. Et c’est avec entièreté que les auteurs se prêtent au jeu. Du grotesque au touchant, de la séduction à la vulnérabilité, les images qui composent New Queer Photography se veulent libérées, décomplexées. Une mosaïque de voix, de personnages criant, avec fierté, leur singularité.

 

New Queer Photography, Éditions Verlag Kettler, 58€, 304 p. 

© à g. Melody Melamed, à d. Rafael Medina

© Matt Lambert

© à g. Melody Melamed, à d. Hao Nguyen

© Lissa Rivera

© à g. Birk Thomassen, à d. Spyros Rennt

© à g. Kostis Fokas, à d. Florian Hetz

© Damien Blottière

Image d’ouverture :  © Spyros Rennt