Dans Coulourway, la photographe britannique Sophie Hustwick brouille les frontières entre deux territoires qui l’ont vue grandir : le Royaume-Uni et les États-Unis. Une invitation pour un aller simple vers un monde pastel où la douceur est reine.

Des fleurs aux teintes solaires font face à des voitures du siècle passé, une architecture symétrique surplombe des paysages idylliques… Le quotidien dépeint par Sophie Hustwick dans Colourway est digne d’un film de Wes Anderson. Pourtant, lorsque nous lui demandons quelles sont ses références, la photographe britannique ne le mentionne guère. Elle cite plutôt Fred Herzog, Martin Parr, Stephen Shore, Vivian Maier ou encore William Eggleston. Elle évoque également Henri Cartier-Bresson, duquel elle a appris, à la lecture de L’instant décisif, qu’elle devait « être capable d’anticiper un moment important dans le flux constant de la vie, et de le capturer en une fraction de seconde ». C’est ce florilège de grands noms – découverts dans les méandres de sa bibliothèque universitaire – qui l’a aidée à mieux appréhender son écriture photographique.

Mais son attrait pour les pellicules argentiques ne relève pas du hasard. Son grand-père a d’abord transmis cette inclination à son père – à qui elle dédie d’ailleurs ce tout premier ouvrage – qui l’a ensuite initiée au médium. Une passion en héritage à qui Sophie Hustwick rend hommage aujourd’hui. À travers un condensé de dix années passées à temps égal entre le Royaume-Uni et les États-Unis, entre sa terre natale et celle de ses ancêtres, elle célèbre ainsi les territoires qui ont vu grandir sa famille et son art. Un retour vers un âge tendre, empreint d’une poésie du détail et de la banalité, qui suscite une échappatoire certaine.

Une unité qui abolit les frontières

« L’échantillon de couleur sur la dernière page de papier vélin est une palette des six coloris les plus récurrents dans mon travail. C’est après avoir créé ce livre que j’ai réalisé que j’utilisais une gamme très caractéristique », explique Sophie Hustwick. L’œuvre de cette dernière se distingue par un nuancier de teintes vives, des compositions réfléchies et une acceptation de l’imperfection. La douceur avec laquelle la photographe contemple le monde alentour a ce quelque chose qui rappelle l’insouciance de l’enfance. Une période où sa seule contrariété était de voir les autres corriger son orthographe. Car l’anglais britannique diffère en certains points de l’anglais américain. Le « u » barré du titre de son ouvrage, court et subtil, y fait d’ailleurs allusion. De cette disparité transparaît ainsi une certaine unité qui abolit les frontières entre ses deux nations. « Je voulais que mes publics européens et américains se sentent impliqués et fassent partie intégrante de mon histoire », affirme-t-elle.

Une fenêtre d’évasion où la magie n’est jamais bien loin

Colourway se lit finalement comme une anthologie de jolis petits poèmes du quotidien qui nous rassemblent derrière un sentiment de sérénité et d’optimisme. Chaque tirage nous apprend alors « à être présent et à ralentir pour cadrer ces petits moments » qui ponctuent notre existence. « L’image des trois cartons de lait dans le réfrigérateur démontre parfaitement comment la couleur et la lumière peuvent transformer le scénario le plus ordinaire en quelque chose de poétique », illustre-t-elle. Cette pratique, l’artiste la juge thérapeutique à bien des égards. Car le rôle que joue la polychromie dans l’évocation des émotions possède une puissance qui la fascine. Elle permet d’explorer tout un panel de sensations indescriptibles, des terrains inconnus que seule la photographie peut traduire.

Parmi ces nombreuses émotions, la mélancolie détient une place de choix. « Comme je m’inspire de la plupart des artistes qui étaient au sommet de leur carrière dans les années 1970, je me retrouve nostalgique des temps passés. De nos jours, les lieux semblent désespérément vouloir se moderniser, se démarquer qu’ils en perdent tout leur caractère. J’ai du mal à trouver de l’intérêt pour des endroits qui n’ont pas l’air d’avoir été décorés par votre Mamie », confie l’auteure. Sophie Hustwick se plaît ainsi à immortaliser ces espaces qui traversent les époques et offrent une fenêtre d’évasion où la magie n’est jamais bien loin. « Prêtez attention à ce qui vous entoure, au bon, au mauvais et au laid », conseille-t-elle enfin.

Coulourway, autoédition, £40, 64 p.

© Sophie Hustwick