Le photographe Guillaume Chauvin s’est rendu en Colombie pour documenter un pays loin des clichés. En résulte Chauvin en Colombie, un ouvrage atypique mêlant photos prises au flash et fragments de pensées.

« Je me tourne souvent vers les sujets intéressants et peu traités, car jugés trop complexes ou difficiles d’accès – lieux et personnages marginaux, destinations caricaturées, zones indépendantistes… – je tente de proposer des réponses aux stéréotypes », déclare Guillaume Chauvin. Venu de Strasbourg, ce photographe a d’abord étudié aux Arts décoratifs, avant de déchanter face aux réalités du métier de graphiste. Il se tourne alors vers le 8e art. « Après un aperçu concret des navrantes réalités photojournalistiques, j’ai réalisé que seule l’activité d’auteur me permettait un accès libre et total au monde », ajoute-t-il. Depuis, ce dernier collabore avec des journaux et des commanditaires, voyageant de territoire en territoire à la recherche de rencontres honnêtes et de sujets passionnants.

L’ouvrage Chauvin en Colombie a été conçu suite à une demande de l’Institut français, supervisant l’année croisée France-Colombie. « La commissaire souhaitait un regard “dépassionné” sur le pays, afin de répondre aux stéréotypes négatifs qu’on lui connaît », ajoute le photographe. Il s’envole peu après pour un repérage, puis y séjourne à deux reprises. L’année suivante sort l’ouvrage, ainsi qu’une exposition sur place. « Ne parlant pas la langue, j’ai proposé de suivre une trentaine de volontaires (footballeur, soldat, prostituée, écolier, etc.), et j’ai passé une journée avec chacun d’entre eux », confie l’auteur. Au total, il passera deux mois et demi dans la région, se familiarisant avec sa culture, ses paysages et ses habitants. En résulte un livre atypique, où les fragments de pensée de Guillaume Chauvin, tantôt délicats et poétiques, tantôt surréalistes ou même vulgaires croisent les images prises à l’aide d’un flash.

Un pays aux multiples lectures

« L’usage de ce flash fut surtout social : j’étais en effet là-bas comme un intrus total, incapable de communiquer autrement que par les gestes et l’absurde. Il est devenu un allié improvisé pour dominer ma timidité et m’avancer au cœur de scènes qui m’intriguaient », raconte l’auteur. Séparant ses souvenirs du réel, ces teintes sursaturées transforment les clichés en œuvres étranges. Comme des instants si marquants qu’ils impriment une marque indélébile dans l’esprit. Chauvin en Colombie fonctionne en diptyque, une phrase, une pensée fugace inscrite en lettres gigantesques venant apporter une nouvelle saveur à chaque image. En français ou en espagnol, ces « images mentales à forte condensation » invitent l’imaginaire dans un voyage bien réel. Un hommage au réalisme magique cher à la culture latine.

« Comme en Sibérie, les chiens s’endorment en toussant », « On a tiré, mais ils sont morts », « Le bruit des choses qui tombent », peut-on lire au fil du récit. À travers mots et images aux contrastes tranchés, Guillaume Chauvin propose un récit sensoriel dans un monde aux frontières de l’illusoire. Un témoignage immersif, fruit d’un voyage palpitant. « Je me souviens du directeur d’Alliance française fin cuisinier, du nain suivant la gouverneure, du PDG humaniste, des soldats drôles, de la prostituée qui a disparu, du footballer polyglotte, des chèvres habillées sexy en bord de route, des témoins de découpes d’humains… », énumère-t-il. Tendre, drôle et mordant, l’ouvrage propose une vision inédite de la Colombie, un pays aux multiples lectures.

 

Chauvin en Colombie, André Frère éditions, 32 euros, 196 pages, exemplaires personnalisés disponibles ici

© Guillaume Chauvin