Ancien reporter, Claude Faber est aussi un amoureux de la langue française. Il signe avec C’est l’ombre qui dit, un ouvrage hommage à une femme, Ann Cantat-Corsini, et à une discipline, la photographie.

« Il y a deux ans, Ann et moi avions le projet d’éditer un livre mêlant ses images à mes écrits. Et puis la maladie est arrivée, et a gagné en intensité », confie Claude Faber, un homme de lettres installé à Perpignan et ami de la photographe Ann Cantat-Corsini. Le jour des obsèques, il prend conscience d’une chose essentielle : le livre doit exister. « Plutôt que de l’envoyer à des éditeurs, j’ai préféré le proposer sur la plateforme KissKissBankBank et reverser le profit des ventes au profit de la Maison de santé Marie Galène, à Bordeaux. C’est au sein du Pôle de Soins Palliatifs qu’Ann a vécu ses derniers jours. Et sa famille et moi souhaiterions aider au fonctionnement de la bibliothèque », précise Claude qui a donc écrit devant les photographies d’Ann. « Je les pose sur la table. Je les éparpille. Je les regarde. Je les affronte. Je les détaille. Je les dissèque. Je les questionne. Je les transperce. Je les dénude. Je les émiette. Je les dilue. Je les avale. Je les contourne. Je les pleure. Je les caresse. Je les effleure. Je les laisse parler. Je les délaisse. Je les écoute. Je les laisse se taire. » Au-delà du dialogue entre mots et images, ce livre se fait l’écho du travail de l’artiste défunte.

«  Ann, toujours sensible aux ombres, aux matières brutes, aux ambiances nocturnes et aux villes à peine dévoilées… et moi, toujours en quête de lueurs et de reflets, d’émotions et de silences, d’étoiles et d’infinis » 

L’image ne dit pas

ne sait pas

ne mesure pas

ne dévoile pas…

jamais…

toute la vérité.

 

« J’ai toujours aimé la photo », confie Claude qui apprécie particulièrement les clichés de Saul Leiter. « Un peu comme lui, Ann jouait sur les ombres furtives et les éclairages tamisés », explique-t-il. Une approche qui l’inspire puisqu’il appose à côté de chaque image quelques lignes de poésie ainsi qu’une légende. Une double lecture permettant de dépasser l’obscurité première. Le titre, C’est l’ombre qui dit, qui évoquait d’abord le caractère intrinsèque des images, résonne aujourd’hui avec l’absence de son auteur. Et c’est avec ses mots, sublimes, que Claude a décidé de lui rendre hommage.

« Un dos nu, une robe scintillante. Je sens le souffle du ciel. Il me rassure ». À ses impressions intimes, se mêlent quelques éléments de son processus de création : « Hypothèse d’un dialogue (devant moi les photos, faces cachées, je les tourne une à une. Je laisse faire…) », et autres considérations existentielles : « Quoi d’autre que nos actes ? ». Voici un ouvrage singulier déroutant en même temps qu’envoutant – et ce, que l’on soit passionné par les mots ou par les images… Subtilités, émotions, questionnements,  les ombres d’Ann Cantat-Corsini évoquent bien des choses…

C’est l’ombre qui dit, 25 €, 49 p

Commande disponible à l’adresse mail suivante : lesmotslemotion@gmail.com

 

© Ann Cantat-Corsini