Avec la série Brothers of cycles, Lionel Antoni chronique depuis trois ans un road trip sans moteur. Ses portraits hors-normes de personnes en route vers l’absolu sonnent comme un espoir contre le conformisme. Un livre à prendre dans une main, une bière dans l’autre, le reste se fait avec les jambes.

« Vous pouvez crever. »  En une photo, tout est dit. Avec Brothers of cycles, livre édité chez Photopaper, l’engagement affiché par Lionel Antoni colle à son sujet comme la gomme au goudron. Il s’agit bien ici d’une bande de bikers, celle que nous imaginons, toute fois dégagée des pratiques illégales (trafic de drogue, prostitutions, crimes…). Ce qui les relie aux motards cylindrés : une passion commune pour le ride. Au-delà, tous les attributs sont là : barbes, tatouages, jeans, bières, musique…Une manière de vivre entière que le photographe capte dans un noir et blanc maîtrisé.

Des deux roues à faire pâlir

Les chromes sont chromes, les fringues sont brutes, les tatouages assumés mais, surtout, des deux roues à faire pâlir ! Loin d’être un mouvement isolé, cette communauté a construit des codes similaires à ceux de leurs compagnons motorisés. Chacun porte les couleurs de son club. En France, les Chopaderos de Montréal, basés également à Paris, et les PsikoCycles de Bordeaux, font partie des premiers. Les clubs écrivent ainsi leurs chapitres (sections locales, ndlr), en Europe comme ailleurs.

Dans Brothers of cycles, il est question d’une manière de vivre. Au-delà des préjugés dont ils se passent allègrement, ces bikers nous rappellent que nous sommes seuls maîtres de notre liberté. Comme la préface du livre rédigée par le photographe Yan Morvan nous le dit : « Il se pourrait bien que ces types soient des précurseurs… Comme si les ressources de pétrole s’étaient épuisées, l’État-nation s’était désintégré, et qu’il subsistait de petites communautés autonomes circulant à vélo. »

© Lionel Antini