Le photojournaliste Yan Morvan s’est rendu au Liban de 1982 à 1985, afin de documenter la guerre civile. Liban, un ouvrage de près de 500 pages, retrace son périple sur les lieux du conflit. Un récit poignant et immersif.

Le 6 juin 1982, le Liban est envahi par l’armée israélienne. Dans le cadre de l’opération « Paix pour la Galilée », 60 000 soldats forcent la frontière libanaise. De 1982 à 1985, la guerre civile fait rage, et le photojournaliste Yan Morvan est envoyé sur place, pour le magazine Newsweek. Au cœur des bombardements et de la peur constante, il relate l’histoire d’un pays écorché. Prises à la chambre photographique grand format, les images de Liban nous plongent dans le quotidien des soldats et des civils situés sur la Ligne verte – une ligne de front qui sépare Beyrouth en deux. Si le secteur, en majorité chrétienne, n’est habité que par des francs-tireurs et des combattants, la partie ouest héberge toujours des civils trop pauvres pour quitter leur foyer.

Ouvrage historique de 472 pages, Liban donne à voir la dure réalité de la guerre. Les quelques mots de Yan Morvan prennent la forme d’un journal de bord, conçu dans le feu de l’action. Distillées çà et là, des légendes viennent présenter les différents protagonistes du documentaire. Le tout forme un ensemble épuré, qui se déroule à la manière d’un film. L’un des premiers récits photographiques complets consacrés à ce conflit trop peu connu en France.

Agir en ethnologue

Peu après l’invasion, Göksin Sipahioglu (fondateur de l’agence photo Sipa Press, pour qui travaille Yan Morvan) s’adresse au photographe : « Newsweek veut un autre photographe là-bas, c’est dangereux, tu peux refuser… » « Évidemment, j’accepte », répond Yan. Son obsession pour le Liban devient le fil rouge, qui guide le récit et rythme les clichés. Entre deux images d’immeubles bombardés, la plume du photographe immerge le lecteur dans un univers violent et effrayant. « On s’habitue rapidement aux tirs d’artillerie qui visent les cibles que les Israéliens ont déjà repérées. Il suffit de ne pas trop s’approcher, déclare-t-il dans l’ouvrage. Plus terrifiants sont les largages de bombes d’une demi-tonne qui peuvent raser une position défendue comme un groupe d’immeubles. »

Après être revenu brièvement en France, le photojournaliste s’envole à nouveau pour le Liban en 1985. « Je dois retourner photographier les civils, les jeunes combattants, raconter leur histoire, leur donner un visage et un nom avant qu’ils ne s’effacent définitivement de nos mémoires, explique-t-il. Je passe un mois et demi à les photographier, dans ce dédale de ruines et de destructions. J’agis en ethnologue. »

Il photographie des miliciens qui posent glorieusement pour une photo, des civils aux visages troublés, des paysages détruits par le combat… mais aussi des familles qui s’accrochent à une banalité oubliée. Après avoir passé près de 800 jours sur le territoire, Yan Morvan publie enfin sa vision du Liban, un documentaire immersif dans le quotidien d’une guerre civile, toujours d’actualité. Car si l’ouvrage s’intéresse au passé, les tensions sont aujourd’hui bien présentes, pour Yan. « La situation n’a finalement pas changé, là-bas, explique-t-il. Les sunnites et les chiites sont désormais au cœur du conflit, dans une situation explosive, une guerre latente. » Une encyclopédie incontournable.

Liban, Éditions Photosynthèses, 69 €, 472 p.

© Yan Morvan