Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Confinée, la photographe française Karine Péron Le Ouay joue avec les rayons du soleil illuminant son canapé. Une série d’autoportraits ludique et picturale.

Corps plongé dans la pénombre, accessoires et vêtements colorés sublimés par un rayon lumineux… Les créations de Karine Péron Le Ouay évoquent les clairs-obscurs théâtraux du Caravage. Pourtant, c’est dans l’intimité de son appartement, en plein confinement, qu’elle réalise cette série ludique. « J’analyse beaucoup avant de photographier, je crois que je recherche une certaine esthétique, une forme d’élégance et de poésie. Mettre en lumière, tout en gardant le mystère », confie la photographe. Habituée à l’art du portrait, elle tourne, pour la première fois, l’objectif vers son propre corps, et construit une série de saynètes légères et créatives. « Garder le visage dans l’ombre m’a permis de dépasser certaines appréhensions liées à l’autoportrait, et de jouer des rôles différents, comme si chacun pouvait se reconnaître dans cette représentation », poursuit-elle.

Vivre des aventures depuis son canapé

C’est par hasard que Karine Péron Le Ouay a découvert le charme de cette mise en scène. « Un jour, assise banalement sur mon canapé, une tasse de thé à la main, je profitais du passage d’un rayon de soleil matinal, et j’ai vu le reflet de ce triangle de lumière dans l’écran éteint en face de moi. J’ai posé ma tasse, je suis allée installer mon appareil sur un pied, et je me suis rassise exactement où j’étais (…) L’atmosphère de cette première image et les retours de mes confrères m’ont incitée à renouveler l’expérience. La prise de vue dépendait de la météo, et lorsque le soleil était présent, je n’avais qu’une heure pour réaliser mes clichés. C’était une sorte de jeu, de course contre la montre », raconte-t-elle. Enlisée dans une quarantaine interminable, l’artiste trouve, grâce à ce rendez-vous incongru, un moyen de créer.

Chaque jour, une tenue différente – évoquant tour à tour le manque de contact physique, l’envie de festoyer, les moments entre amis, les séances de sport et les sorties – marque le temps qui passe. Dans cet univers curieux, la photographe s’invente des histoires, vit des aventures depuis son canapé, devenu décor de son improvisation quotidienne. « Ayant dû mettre de côté des projets de photographie documentaire à l’étranger, j’avais besoin de bouger ! Grande rêveuse, je me suis inventé un vaste monde, entre routine du confinement, nostalgie, frustration, désir d’évasion et de liberté », conclut-elle. Un hommage à toutes ces actions ordinaires, devenues aujourd’hui rares et précieuses.

© Karine Péron Le Ouay