Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité. Taboob, le projet créé par Jasper Declercq et Noortje Palmers, déjoue la censure d’Instagram en réinventant la manière de représenter la poitrine féminine. Une initiative inventive et délicieusement insolente.

« Nous ne tolérons pas la nudité sur Instagram. Cela inclut : les photos, les vidéos et les créations numériques montrant des relations sexuelles, des parties génitales (…) ou encore des tétons féminins ». Le règlement du réseau social dédié à l’image ne laisse aucune place au doute. Mais que représente un téton ? Pourquoi les clichés de femmes qui allaitent, et les corps nus des peintures et sculptures demeurent-ils autorisés ? Est-ce à cause d’une sexualisation à outrance ? Autant d’interrogations qui ont fasciné Jasper Declercq et Noortje Palmers, les deux créateurs de Taboob, un projet photographique redonnant une place d’honneur aux seins.

« Jasper travaille dans la publicité et la télévision, et moi, je me spécialise dans la photographie de mode. Nous formons une équipe soudée, complémentaire en termes d’esthétique », explique Noortje Palmers. Lassé de l’industrie publicitaire, ce dernier s’est lancé dans le 8e art pour créer et développer son propre style. Son approche du média ? « Impulsive, positive et colorée, déclare-t-il. Je souhaite apporter une touche de légèreté et d’humour à un univers photographique de plus en plus gris ». Une vision décomplexée de l’image. C’est en découvrant le compte Instagram d’une modèle, posant nue sur chaque photo, que Jasper Declercq a eu l’idée de développer un projet autour des tétons féminins. Comment cette jeune femme avait-elle réussi à tromper la vigilance de la plateforme ? Des seins pouvaient-ils être photographiés sans être censurés ?

Comment reconnaît-on un sein ?

« Nous savons qu’Instagram bloque les images grâce à leur algorithme, ainsi qu’à une fonction permettant aux utilisateurs de signaler des contenus qu’ils jugent offensifs. Mais c’est la première fonction qui nous a intéressés : comment reconnaît-on un sein ? », se demandent les artistes. En quatre shootings, tous deux ont réuni neuf modèles – âgées de 20 à 70 ans, du bonnet B au E – et réalisé 75 photographies. 75 seins cachés, déguisés : des « taboobs » déjouant le règlement d’Instagram. Écrasé entre deux tranches de pain, dissimulé derrière un glaçon, coloré ou dédoublé, chaque téton apparaît au cœur d’une mise en scène absurde et remarquablement créative.

Le succès est rapidement au rendez-vous. Deux jours après la création de @taboob_official, les deux auteurs comptent déjà 22 000 followers. « Et puis, du jour au lendemain, la plateforme a supprimé notre compte. Nous avons donc créé @taboobofficial et continué à publier. Peu après, Instagram a réactivé le premier compte » précisent les artistes. En numérotant avec soin chaque image, afin de pouvoir repérer facilement les clichés bloqués, les deux comptes publient régulièrement de nouvelles créations. Une initiative évoquant le mouvement féministe #freethenipple, créé en 2012. Si Jasper Declercq et Noortje Palmers sont ravis d’être associés à ces actions, leur projet demeure esthétique avant tout. Face à un tel succès, cependant, les deux hommes ont décidé de mettre en vente leurs créations en édition limitée, sur le site officiel de Taboob, et de reverser tous les fonds à Think Pink, une association soutenant les recherches liées au cancer du sein.

Frais et insolent, le projet Taboob met en lumière une nouvelle vision de la poitrine féminine. Une recherche décomplexée sur ce qui pousse les réseaux à censurer cette partie de l’anatomie. Grimé ou même transformé, le téton semble en effet autorisé à être partagé sur la plateforme. Une désexualisation manifeste, qui trompe l’algorithme du réseau et chamboule l’image d’une nudité trop souvent jugée « pornographique ».

© Taboob