Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Inspiré par le mouvement surréaliste, Shane Wheatcroft transforme les visages en décors loufoques, abritant des récits débridés.

Entre envolées surréalistes et esthétique vintage assumée, les collages de Shane Wheatcroft nous invitent à plonger tête la première dans le terrier du lapin blanc, pour découvrir un monde hallucinatoire, où les corps humains deviennent des miroirs déformants – des décors abritant de multiples récits. « Mon approche artistique est souvent désordonnée et accidentelle – un peu à mon image. Les choses se font toutes seules », confie l’auteur venu du Kent, au Royaume-Uni.

C’est le portrait de Mae West, réalisé par Salvador Dalí (une œuvre aux inspirations dada et surréaliste transformant un canapé rouge en lèvres de l’actrice américaine, NDLR) qui inspire à l’auteur ses premières réalisations anthropomorphes. Une influence inconsciente qui vient compléter une collection de références tout aussi inspirées : Peter Blake, Andy Warhol, Linder Sterling, John Stezaker, Peter Kennard, Jamie Reid… Et bien sûr, les magazines, livres et catalogues des années 1945 à 1970. « J’aime les couleurs et les techniques d’impression de cette époque. J’adore également le fait que le collage est une manière originale de recycler : des journaux qui prennent la poussière depuis plus de 50 ans dans un grenier peuvent ainsi devenir des trésors », ajoute Shane Wheatcroft.

Un rêve fou

Fasciné par le « mélange de glamour et de mondain », l’artiste construit ses œuvres comme des puzzles, des casse-têtes à élucider pour transcender l’épreuve du temps. « Je commence souvent par trouver la bonne affiche de film – souvent une qui représentait la star du jour en gros plan. Je cherche ensuite un fond, pour tapisser l’intérieur du visage. Un élément qui devra faire écho aux couleurs, au style du portrait. Ensuite vient l’ajout de détails : des canapés, des tables, qui apportent de la matière à l’espace. Puis, les personnages s’y installent, et permettent à mon histoire de naître, de fleurir. J’ai souvent en tête une chanson, ou quelques bribes de paroles, qui deviennent le thème de mon collage. Je peux parfois passer une journée entière à chercher dans des centaines de magazines les bons éléments pour mes collages », raconte l’auteur.

La ligne rouge de ses créations ? Un œil, toujours présent. Souvent encadré, il devient le point d’attraction, le détail qui capte l’attention. Une manière de redonner à la forme originale sa dimension humaine, tout en jouant avec la notion de regard. Cet iris appartient-il au modèle ? Ou n’est-il présent que pour semer le doute ? Ce que nous observons est-il un rêve fou, sorti tout droit de notre imagination débridée, ou se contente-t-il de représenter l’emboîtement insensé de dizaines de narrations ? Sans offrir de réponses à ces interrogations, Shane Wheatcroft s’amuse à multiplier les fausses pistes, et à provoquer le rire comme l’incompréhension. Une belle manière de rendre hommage au raffinement des décennies passées, comme à inventivité sans borne des grands peintres.

© Shane Wheatcroft