Sujets insolites ou tendance, faites un break avec notre curiosité de la semaine. La mère migrante est l’un des clichés les plus connus de la photographe Dorothea Lange. Mais saviez-vous qu’elle a été éditée en 1939 ?

En 1936, la grande dépression s’installe aux États-Unis, suite au krach boursier de 1929. Le président Franklin Roosevelt fait alors passer un ensemble de lois intitulé New Deal, dans le but d’aider les communautés rurales en difficulté. L’une de ses lois supervise la création de la Resettlement Administration (RA) – une agence aidant les populations à se relocaliser.

Cette même année, la photographe Dorothea Lange accepte de photographier, pour la RA, le quotidien des communautés pauvres et des migrants, afin de mettre en lumière des inégalités flagrantes. Parmi les clichés pris sur le terrain, la célèbre photo de la mère migrante reste dans tous les esprits.

Un détail étonnant

L’air inquiet, le regard perdu dans le vide, la femme symbolise le désespoir des migrants américains. Un chef-d’œuvre photographique. Pourtant, dans son nouvel ouvrage intitulé Dorothea Lange : Migrant Mother, la commissaire d’exposition du MoMA de New York, Sarah Meister, dévoile un détail étonnant : la photographie originale a été éditée. À droite de l’image, le pouce gauche de la main de la mère a disparu. Si la révélation de la commissaire est présentée comme une simple anecdote, la retouche, datant de 1939, avait rendu furieux le directeur de la Resettlement Administration. Pour lui, modifier une telle photographie compromettait son authenticité.

« Dorothea Lange considérait que ce pouce était un si gros défaut qu’elle n’a pas hésité à le supprimer du cliché », confie Sarah Meister au Times. Une édition esthétique qui n’enlève en rien l’impact du regard de la migrante. La commissaire partageait d’ailleurs cette information afin d’aider les plus curieux à distinguer une copie datant d’avant 1939 d’une autre plus récente. Une retouche passée inaperçue qui nous invite à nous questionner sur l’authenticité des images historiques.

© Dorothea Lange, courtesy library of congress

Source : Le Times