Si Louis Arnaud et Bingnan Liu, nos coups de cœur #414 n’ont pas les mêmes thèmes de prédilection – l’un apprécie la photographie de rue, et l’autre celle de l’intime – tous·tes deux posent néanmoins un regard sensible sur leur environnement.

Louis Arnaud

« Je décris mon approche photographique comme introvertie. J’aime être discret lorsque je shoote et j’immortalise rarement des moments de vie. C’est finalement un peu paradoxal de faire des images sans vouloir capturer le vivant… », confie Louis Arnaud. Âgé de 25 ans, l’auteur venu de Vendée et aujourd’hui installé à Lille s’est initié au 8e art par le biais de ses études d’architecture et de paysage. Une passion que l’on retrouve dans son goût des lignes et des compositions minimalistes, comme dans l’omniprésence de l’urbain au sein de son œuvre. Capturant son environnement, ce qui croise son chemin lorsqu’il sort, ou qu’il travaille, Louis Arnaud entend « mettre en valeur le paysage ordinaire en cherchant ses anomalies, ses coïncidences, les éléments qui créent la surprise par leur présence inattendue ou leur couleur démarquée ». Lumières diffuses éclairant un paysage nocturne, voitures abandonnées, banlieues désertées, macro-abstractions, courbes graphiques… Au détour des immeubles, des parkings ou même des serres et des champs, l’artiste fige un détail, une sensibilité, un instant fugace ou frappant qu’il se plaît à révéler au monde. Un ensemble faisant l’éloge de la contemplation.

© Louis Arnaud

Bingnan Liu

Fraîchement diplômée, la photographe chinoise Bingnan Liu a quitté son pays natal pour venir étudier l’art contemporain en France. Et c’est après une formation à l’Académie des Beaux-Arts qu’elle décide finalement de se consacrer à la photographie. « Cet été, je me suis également inscrite à l’École nationale supérieure d’art de Paris-Cergy. Depuis, je suis indépendante », précise-t-elle. Fascinée par les thématiques de l’intime – les relations que tissent les gens entre eux, les regards que l’on pose sur autrui… – l’artiste tisse des œuvres à fleur de peau où se croisent ses ami·es comme des rencontres plus brèves. « La photo est pour moi un récit de la mémoire émotionnelle personnelle », ajoute-t-elle. Dans The Boys, une série de portraits sublimés par une lumière chaude et naturelle, l’autrice utilise son regard féminin pour « façonner les hommes ». Inclusif, à l’épreuve des carcans d’une masculinité réductrice, le projet devient alors prétexte à repousser les limites du genre pour mieux célébrer la diversité. Un travail qu’elle place dans la lignée de ses modèles : « Je dois admettre que je préfère le travail des femmes photographes. Nous avons toutes une sensibilité et une délicatesse similaires, ainsi qu’une envie d’explorer la profondeur – je pense notamment à Nan Goldin, Mayumi Hosokura ou encore Rineke Dijkstra », conclut-elle.

© Bingnan Liu

Image d’ouverture : © Bingnan Liu