Nos coups de cœur #405, Louis Vizet et Enguerrand Wybo, trouvent dans la photographie le moyen de vivre ardemment. L’un privilégie la profondeur d’un portrait, quand l’autre fige des épiphanies urbaines.

Louis Vizet

« Mon inspiration majeure reste la lumière, j’aime jouer avec les rayons qu’elle crée à travers les rues, les bâtiments. Elle amène autant du mystère que de clarté. J’ai eu un déclic lorsque je vivais à Montréal, la lumière de fin d’après-midi à travers les immeubles était tout simplement magique. » Né à Limoges, Louis Vizet se tourne vers le 8e art sous les recommandations de son meilleur ami, en empruntant, à l’époque, l’appareil de son père. Désormais installé à Bordeaux, l’artiste se laisse porter par les embruns océaniques qui calment son énergie fulgurante. Un brin rêveur, il se plaît à déceler, dans un portrait, l’abîme d’une pensée, d’un regard ou d’un geste. « Mon univers est mélancolique et profond. J’adore jouer avec cette même lumière qui m’inspire, elle peut changer une scène en un instant. Je cherche à suspendre les moments dans le temps, à créer de la connexion avec mes sujets », confie-t-il. Admirateur de la colorimétrie d’André Josselin, ou de l’univers cinématographique d’Oswaldo Cepeda, Louis Vizet semble − tout comme ses deux influences − relié par le médium à ses modèles. Des visages réapparaissent alors fréquemment, ce sont des ami·e·s, des rencontres, qui, pris collectivement dans une spirale créative, omettent la présence de l’appareil et l’incidence du temps. « Selon moi, un portrait réussi est une image qui, des années après, me provoquera le même sentiment que lorsque je l’ai capturé. Qu’elle soit floue ou saturée, la personne représentée dégagera l’émotion et l’euphorie de l’instant passé », conclut-il.

© Louis Vizet

Enguerrand Wybo

« Mon univers visuel est épuré, minimaliste. L’architecture y tient une place primordiale, même si tous les éléments de l’image ont autant d’importance, que ce soient le paysage, les objets ou les personnes. Si des gens sont présents dans mes images, ce ne sont que leur silhouette, leur ombre, leur mouvement qui m’importe. Je m’intéresse finalement à ce qu’il y’a de moins humain en eux », affirme Enguerrand Wybo. C’est grâce à son père que le photographe, âgé de 20 ans et originaire de Dakar, s’est épris de la photographie. Ayant changé plusieurs fois de lieu de résidence, il s’installe finalement à Paris, et tombe instantanément sous le charme de la capitale. En observateur aguerri, et comme porté par l’élan artistique de la Ville lumière, il traverse les ruelles pavées, les bords de Seine, s’arrête dans les musées ou à la cinémathèque pour puiser son inspiration. Accompagné de son fidèle Olympus OM1 − un boîtier argentique déniché dans les affaires de son grand-père − il aspire à encapsuler des épiphanies citadines, évanescentes. « La street photography m’intéresse par son caractère instantané. C’est un véritable exercice de se balader pour saisir un moment voué à disparaître. C’est un art qui jouit du paradoxe d’être accessible à tous, car il naît sous les yeux de chacun. » Influencé par des grands noms du 8e art, comme Raymond Depardon et Harry Gruyaert ou par la peinture d’Edward Hopper, Enguerrand Wybo fait de sa grande sensibilité une force créatrice puissante, cherchant toujours à figer une scène pour l’éternité. « Notre vie est constituée de milliers de scènes qu’il s’agit de s’accaparer pour en faire quelque chose de touchant. Cela demande beaucoup de patience. Il faut aller chercher dans le moindre reflet, la moindre fissure, un tableau à contempler. Trouver de l’harmonie là où on l’on tend à l’oublier : c’est un défi qui me stimule », conclut-il.

© Enguerrand Wybo

Image d’ouverture © Louis Vizet