Nos coups de cœur #392, Selvesportrait et Pauline Vanden Neste explorent tous deux le monde avec poésie. L’un inscrit ses projets dans une quête de spiritualité, et l’autre imagine un récit imagé.

Selvesportrait

« Nous vivons une période où – à cause de notre existence, de notre civilisation de plus en plus complexes – notre compréhension de l’autre diminue. À travers la photographie, je parviens à partager les opinions que je développe grâce à la beauté de l’univers. Je crée un espace de convergence qui dépasse le langage, un lieu fait de calme et de silence qui nous rappelle que nous ne sommes pas seuls », déclare Enrique, alias Selvesportrait. Le photographe né à Barcelone se définit comme un « nomade » et arpente le monde à la recherche de la splendeur qui l’inspire tant. Illustrateur et graphiste de formation, c’est à Berlin qu’il fait ses armes, avant de s’installer à Pushkar en Inde. Là-bas, il développe une œuvre minimaliste et colorée, faisant dialoguer êtres humains, plantes, minéraux, matières et architectures. « Je parviens à trouver ma place dans ce lieu en donnant du sens au réel, en échangeant avec lui. Qu’il s’agisse des reflets en mouvements d’un pêcheur et de son filet, de la croissance mathématique d’une plante, où des vallées que dessine notre peau… Tout est une discussion avec l’univers, avec Dieu », ajoute-t-il. C’est donc avec spiritualité qu’Enrique compose, patiemment, sa mosaïque photographique. Des plans rapprochés de textures aux clichés poétiques d’une ville dont il est tombé amoureux, il ne cesse d’explorer sa propre philosophie grâce à l’image.

© Selvesportrait

Pauline Vanden Neste

Installée à Bruxelles depuis neuf ans, Pauline Vanden Neste y a d’abord posé ses valises pour étudier la littérature. « Après quelques années plongées dans les livres, j’ai ressenti une frustration du fait de ne pas vivre par moi-même les expériences que je lisais. J’avais envie de réel, de rencontres avec des altérités, de vivre mille vies », confie-t-elle. Des désirs que la photographie a alors comblés. Étudiante au SeptanteCinq, elle y découvre la pratique de l’argentique, et commence à écrire ses propres récits visuels. D’abord attirée par le documentaire, elle retourne, avec Je viens de toutes mes nuits, à ses premières amours : « ici, la démarche est plus libre. Il n’y a pas de repères géographiques ni temporels précis. La série est construite comme un poème visuel et l’approche y est émotionnelle et mentale », explique-t-elle. Imaginé durant le premier confinement, le projet se lit comme une allégorie de l’errance nocturne. Un espace où la liberté reprend le dessus, où les interdits s’effacent, dissimulés par l’obscurité. Arbres fantastiques, corps immaculés, urbanisation fantomatique… Au fil des images, le réel se dissout dans l’improbable et nous invite à vivre, aux côtés de l’artiste, l’exaltation de ses promenades oniriques.

© Pauline Vanden Neste

Image d’ouverture : © Pauline Vanden Neste