Nos coups de cœur #379, Clélia Odette Rochat et Oliver Lantos s’intéresse à deux sujets opposés. L’une dirige son objectif vers l’intime, et l’autre le tourne vers notre société.

Clélia Odette Rochat

« J’aime la photographie parce qu’elle n’a pas besoin de mots », déclare Clélia Odette Rochat. Très observatrice, l’artiste franco-suisse perçoit le médium comme un outil, un « pass » lui permettant de se faufiler partout et de découvrir des mondes inconnus. Une démarche axée sur l’autre qu’elle poursuit notamment à travers Belles Mômes, un projet consacré à la représentation des femmes de plus de cinquante ans. « À travers mes images, je n’ai pas envie de faire rêver, mais plutôt de montrer la beauté là où on ne la voit pas toujours. Je rencontre donc ces dames chez elles, nous discutons, je les photographie nues, sans artifice, pour rendre visible leur charme, et questionner notre regard sur des corps qu’on ne semble pas accepter », précise-t-elle. Shootant au Rolleiflex, un boîtier argentique qui nécessite de pencher la tête pour voir le cadre, Clélia Odette Rochat privilégie un regard léger, atypique. « Les gens se sentent ainsi moins visés, et le moment est selon moi plus fort », poursuit-elle. En couleur comme en noir et blanc, l’autrice trace des paysages sur les corps et met en valeur la diversité des silhouettes dans des mises en scène aussi sensibles qu’insolites.

© Clélia Odette Rochat

Oliver Lantos

Se définissant comme « intuitif, insatisfait, sensible et précis », Oliver Lantos a d’abord fait ses armes dans les mondes de la mode et du design avant de se tourner vers la photographie. « Je me considère comme un flâneur du 21e siècle, précise-t-il. Je prends sans cesse des photos, que j’organise ensuite, et collecte. Je me fie à mes impulsions et j’aime faire des expériences. Mes images sont rangées dans deux catégories : elles sont soit mélancoliques, poétiques, douces et intimes, soit dures, intrusives, et même insolentes. J’aime attirer le regardeur et le faire réfléchir, puis lui mettre une gifle ! C’est un jeu toujours palpitant. » Attiré par les enjeux sociaux, comme par la psychologie, Oliver Lantos développe aujourd’hui Du musst dein Leben ändern, une série inspirée par la polarisation des discours politiques, et leur impact sur l’être humain. Organisées en diptyques, les images se suivent, dans une sorte de suite infinie d’associations. Une manière pour l’artiste de souligner les caractères ordinaires comme absurdes de ces discours. « J’essaie de capturer l’atmosphère actuelle de notre société en soulignant sa diversité. Les photos et leurs différentes esthétiques évoquent les chaînes d’images de nos réseaux sociaux », ajoute-t-il.

© Oliver Lantos

Image d’ouverture : © Clélia Odette Rochat