Gaëlle Encrenaz et Matisse Guillermin, nos coups de cœur #319 capturent l’intime. La première fige le charme des gestes ordinaires, et la seconde tente de comprendre « [s]on grand-père », femme transgenre.

Gaëlle Encrenaz

Chercheuse en épidémiologie à Bordeaux, Gaëlle Encrenaz a développé très tôt un intérêt pour l’image et la littérature. C’est après avoir passé une année à Montréal qu’elle commence à montrer ses propres clichés. « J’ai ensuite repris l’argentique, qui m’a permis de prendre du plaisir à photographier, d’évoluer dans ma pratique », confie-t-elle. Privilégiant une approche intuitive, l’auteure aime se laisser surprendre par son environnement, observer les récurrences de l’existence. « Je capte souvent des instants du quotidien, des petites routines personnelles auxquelles on oublie souvent d’accorder de l’importance », confie-t-elle. Les Matins, série profondément intime, illustre cette habitude. « Ce travail a débuté lorsque j’ai rencontré ma compagne. Il représente ces matins durant lesquels on prend le temps de s’arrêter, d’apprécier l’ordinaire », ajoute-t-elle. Une ode à la lenteur et aux plaisirs simples qu’il nous faut savourer.

© Gaëlle Encrenaz

Matisse Guillermin

« À travers ma propre recherche d’identité, j’accorde beaucoup d’importance à l’espace qui nous entoure, au corps dans ces espaces. J’aime bousculer les limites, questionner les genres à partir d’un regard artistique et charnel », confie Matisse Guillemin. La photographe de 21 ans a découvert le 8e art lors d’un voyage en Malaisie, et développe depuis un univers intime construit sur l’observation. Dans Mon grand-père, l’artiste fait le portrait d’une femme transgenre, tout en pudeur. « Un jour quelqu’un m’a posé la question : pensez-vous que votre sexualité est due au fait que votre grand-père soit devenu une femme ? À partir de ce moment, j’ai voulu en savoir plus sur elle. J’ai passé trois semaines à observer, à comprendre sans jamais lui poser de questions. Un regard toujours de l’intérieur vers l’extérieur. Elle sort très peu, dort beaucoup, ne parle pas. Il y a toujours quelque chose de dissimulé, qui fait barrière, que nous ne comprenons pas. Mystère. Les photographies sont une forme d’approche. Elle m’a regardée, n’a rien dit, et m’a laissée continuer. En trois semaines, nous n’en avons jamais parlé », raconte-t-elle.

© Matisse Guillermin

Image d’ouverture : © Gaëlle Encrenaz