Silvia Arecco et Gaëlle Astier-Perret, nos coups de cœur #287 capturent et transforment des territoires. Deux voyageuses solitaires, révélant l’intime et l’histoire d’un espace.

Silvia Arecco

« Faire de la photographie est pour moi une exigence, une nécessité d’écrire des contes d’une autre réalité – celle d’un passé qui s’éloigne ou d’un espace que l’on a envie de revivre autrement », déclare Silvia Arecco. Cette cinéaste, monteuse et photographe italienne réalise des œuvres inspirées par les thèmes de la mémoire, de la nostalgie et de l’oubli. « J’ai quitté mon île natale, la Sicile, il y a cinq ans, c’est ainsi que j’ai commencé à photographier : pour ne pas oublier les lieux où j’ai vécu, je vis et je vivrai, et me rappeler qu’il y a toujours du vivant dans l’apparent mutisme de ces images-souvenirs », explique-t-elle. Animés par un souffle poétique, les clichés de l’artiste apportent une dimension abstraite, et rêveuse. En couleur comme en noir et blanc, ils révèlent la grâce d’un moment ou d’un paysage. « J’ai tendance à effacer et/ou recréer des atmosphères qui n’existent plus, à reconstruire et déconstruire », ajoute la photographe. Inspirée par ses « maîtres photographes » Antoine D’Agata et Chris Fiel, elle embrume le réel et met en scène ses propres errances.

© Silvia Arecco

Gaëlle Astier-Perret

Photographe installée à Paris, Gaëlle Astier-Perret s’est tournée vers le 8e art durant ses études en arts plastiques. « Ma mère est décédée à ce moment-là. Mes rapports au réel, au temps, à l’existence se sont profondément modifiés. L’image est devenue le cœur de ma pratique », confie-t-elle. Se fiant à son intuition, l’artiste réalise des projets au long cours, en explorant de nombreux territoires. « Il m’est nécessaire d’écouter les personnes qui vivent et travaillent sur le site, de consulter des données scientifiques pour affiner mon regard et construire mon projet. Je mets cet ensemble en perspective avec les bouleversements climatiques et le récent changement d’ère », explique-t-elle. Démarrée en 2018, la série Les dunes qui marchent est née au cœur du bassin d’Arcachon. Végétations, minéraux et traces humaines rythment les paysages de bord de mer, et retracent les pas de l’artiste. « Je me suis d’abord imprégnée de ce lieu en solitaire, puis j’ai dialogué avec les acteurs humains, tous en lien étroit avec cette nature en mouvement », précise-t-elle. Un récit intimiste, évoquant « l’érosion et la montée des eaux ».

© Gaëlle Astier-Perret

Image d’ouverture : © Silvia Arecco