Printemps 2016, Andrea Mantovani se rend à Kingston en Jamaïque pour la première fois. Elle y croise Micchi, un jeune travesti. Hantée par les portraits qu’elle réalise de lui, la photographe revient et capte Micchi et ses amis transsexuels dans leur intimité et leur quotidien, dans le pays le plus homophobe au monde. Cet article fait partie de notre dernier numéro.

Silhouettes minces et élancées, courbes pleines et sensuelles… Micchi et sa bande, c’est un joli méli-mélo de belles robes, de strass et de frous-frous. Elles sont grandes, leur port de tête est altier. Elles se tiennent cambrées, femmes indomptables, buste en avant. Des ailes invisibles semblent leur pousser dans le dos. Être une femme, c’est la liberté. La liberté d’exprimer ce que l’on est au plus profond de soi, et de se défaire du carcan que la société fait peser sur nous. La Jamaïque était en 2006 le pays le plus homophobe au monde selon le Time. Dix ans plus tard, lorsque la photographe Andrea Mantovani se rend à Kingston pour la première fois, force est de constater que l’homosexualité y suscite toujours une rage irrationnelle. Micchi et ses amis ne peuvent être femmes que la nuit. Le reste du temps, pour se protéger, ils doivent rester des hommes et s’effacer.

Comprendre cette énergie

Kingston, capitale de la Jamaïque, compte près d’un million d’habitants, qu’une frontière sociale divise en deux : ceux qui vivent uptown – les quartiers riches et sécurisés – et ceux de downtown – le ghetto. Pour un étranger, impossible de circuler seul dans cette partie de la ville sans se mettre en danger. « Surtout lorsqu’on est une femme blanche », précise Andrea. La photographe avait toujours rêvé de la Jamaïque, bercée entre autres par la musique de Bob Marley. Lorsqu’elle découvre dans un documentaire que l’île est un des pays les plus dangereux et homophobes au monde, elle est « bouleversée d’apprendre l’existence de ces jeunes qui vivent dans la violence, mais qui s’assument malgré tout. Je voulais comprendre cette énergie qui les pousse à être ce qu’ils sont en dépit des interdits, du danger ». Sans aucune relation sur place, sans confrère et sans « fixeur », elle prend l’avion vers cette terre fantasmée : « Je suis vraiment solo. La première semaine de mon séjour consiste à prendre contact avec des associations LGBT. Je fais du repérage, j’essaie de comprendre la situation. Mais je ne trouve pas l’angle de mon sujet. » Une frustration qui l’attire vers le ghetto.

© Andréa Mantovani
© Andréa Mantovani

© Andréa Mantovani

L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #27, actuellement en kiosque et disponible sur Relay.com