Albarrán Cabrera, duo de photographes venu d’Espagne, réalise des œuvres picturales inspirées par les émotions que provoque le paysage. Cet article est à retrouver dans le dossier de notre dernier numéro : Les arpenteurs du paysage.

Le duo barcelonais Albarrán Cabrera (Angel Albarrán et Anna Cabrera) forme une entité en soi. Puisant dans leurs parcours respectifs – la science pour l’un, la littérature pour l’autre –, les deux auteurs se complètent et réalisent des œuvres aux nuances chaudes et à l’esthétique raffinée. « En linguistique, la syntaxe est définie comme les règles permettant de créer des structures significatives. En photographie, cette syntaxe est définie par la technologie. Celle-ci fixe les limites de ce que nous, photographes, pouvons communiquer. Ainsi, plus un photographe possède de ressources, plus il peut s’exprimer », expliquent-ils. Influencés par l’écriture poétique, tant visuelle que littéraire, leurs créations sont pensées comme des échos, des résonnances qui font appel aux souvenirs du regardeur. Une manière de faire dialoguer voyage et introspection, paysage et intime.

« Nous avons une vision vitaliste de la nature qui s’apparente à la philosophie de Hegel. Pour nous, la nature englobe tout, y compris l’homme, qui est lui-même une de ses incarnations. Nous ne vivons pas le paysage comme un territoire. Lorsque nous regardons nos images, nous ne songeons pas à l’endroit où nous les avons prises, mais aux raisons pour lesquelles nous les avons faites : des moments où nous étions charmés, bouleversés, surpris… Une série d’heureux hasards », raconte le duo. Sublimés par une palette de couleurs rappelant les estampes japonaises, leurs photographies révèlent des paysages intemporels à la beauté picturale. Face à ces panoramas, l’homme ne peut que constater, ébahi, la splendeur de sa planète. Loin d’imposer à son public un récit abouti, Albarrán Cabrera distille des pistes de réflexion, un certain lyrisme visuel nous guidant vers notre histoire, nos sensations. « La poésie utilise des formes et des conventions pour suggérer différentes interprétations du monde, pour convoquer une réponse émotive. Nous essayons de susciter la même chose grâce à l’image », concluent les artistes. Une immersion dans un territoire splendide et paisible.

 

Cet article est à retrouver dans le Fisheye #45, en kiosque et disponible ici

 

 

 

© Albarrán Cabrera