Découverte récente, coup de foudre artistique, ou même artiste phare… Dans chaque numéro, différents membres de l’équipe Fisheye prennent la parole et partagent leur obsession photographique du moment. Lumière aujourd’hui sur Sophie Gabrielle, choisie par Lou Tsatsas, journaliste.

J’ai découvert l’étrange univers de Sophie Gabrielle il y a deux ans, lors d’une interview à la Galerie Écho 119. Immédiatement, j’avais été saisie par sa manière de se réapproprier les images d’archives scientifiques. Au cours de l’échange, la photographe australienne m’avait appris qu’elle aimait placer ses trouvailles sur des plaques de verre plusieurs mois durant. Elle récoltait ainsi des poussières et des peaux mortes qui formaient une voûte céleste surréaliste sur les images, composant ainsi une sorte de voyage astral dans les méandres du passé. Possédant de nombreux symboles fétiches – les mains, les yeux, les cercles tracés, les plantes botaniques médicinales comme empoisonnées –, l’artiste aime croiser expériences, rituels et arts pour façonner des œuvres énigmatiques, aussi splendides que glaçantes. Et c’est précisément cet entre-deux qui me plaît. J’ai toujours eu une fascination pour les ambiances un peu lugubres ou dérangeantes, tout comme pour les récits fantastiques. J’aime chevaucher la frontière entre réel et surnaturel et ressentir quelque chose de fort face à un cliché. Cette image m’évoque la théorie de la vallée de l’étrange, du roboticien japonais Masahiro Mori, qui explore notre malaise face à quelque chose qui n’est pas tout à fait humain. Le jeune sujet, privé de ses yeux, a quelque chose de fantasmagorique qui interroge : se rapproche-t-il plus de l’homme ou du divin ? Une ambiguïté accentuée par les divers dépôts qui semblent former des constellations sur son visage. Un personnage digne d’un récit dystopique qui ne cesse de me hanter. 

 

Cet article est à retrouver dans Fisheye #53, disponible ici

 

© Sophie Gabrielle