Découverte récente, coup de foudre artistique, ou même artiste phare… Dans chaque numéro, différents membres de l’équipe Fisheye prennent la parole et partagent leur obsession photographique du moment. Lumière aujourd’hui sur Aassmaa Akhannouch, choisie par Salomé D’ornano, responsable de la Fisheye Gallery.

Il ne manque que l’odeur de la poussière et du papier jauni pour se plonger entièrement dans La Maison qui m’habite encore d’Aassmaa Akhannouch, lauréate du prix HSBC 2020. C’est lors de mes déambulations arlésiennes que je me suis retrouvée devant cette photo dont le sujet, la composition et le traitement m’ont particulièrement touchée. Le souvenir, thème principal de cette série, est traité avec tant de délicatesse et de tendresse que je suis restée à m’interroger : et si c’était mon souvenir, ma mère et ma maison ? Après trente ans d’absence, la photographe a décidé de revenir dans le foyer de son enfance et y découvre le temps arrêté, figé. Elle entreprend alors de ressusciter ses souvenirs familiaux. Comme une rétrospection, elle photographie ici le fantôme de sa mère en train d’accrocher un tableau, dans cette maison qui ne vit plus, redonnant paradoxalement une existence unique à ce moment banal. Sa technique photographique, proche de celle de FLORE, a aussi son côté fantomatique, travaillant le papier (cyanotypes virés et rehaussés à l’aquarelle ou d’une fine couche dorée) comme le temps travaille notre vie. L’aquarelle, dernière touche apportée aux tirages, rend l’œuvre unique et singulière, comme le chemin qu’emprunte chacune de nos vies. Tout nous laisse rêveurs et nous plonge dans notre passé. N’est-ce pas comme cela que nous imaginons tous nos souvenirs ? 

 

Cet article est à retrouver dans Fisheye #52, disponible ici

 

© Aassmaa Akhannouch