Cela fait plus de vingt ans que Guillaume Herbaut immortalise les contrées ukrainiennes post-Tchernobyl et post-indépendance. Il y capture, sans artifices, l’essence d’un pays en tension. Une essence en grande partie constituée par une jeunesse engagée et plurielle. Cet article est à retrouver dans notre dernier numéro.

Guillaume Herbaut arpente l’Ukraine depuis 2001. Il s’y rend chaque année pour instruire son enquête, rencontrer les femmes et les hommes de ce pays, tenter de comprendre ce qui se joue dans cette partie de l’Europe. Dans cette nation qui a retrouvé son indépendance en 1991, dans l’onde de choc de la chute du mur de Berlin et de la dislocation de l’URSS. Au fil de ses reportages, il découvre les plages d’Odessa, les défilés militaires, les manifestations de la «révolution orange », les conditions précaires des mineurs du Donbass, les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, les pro-russes et les militants d’une Ukraine indépendante, les acteurs de la vie politique comme les créatrices du mouvement Femen… Dans chacune de ses images, le photographe s’interroge sur ce qu’il voit pour nous le restituer avec le maximum d’honnêteté et de précision. Son écriture photographique comme les mots qu’il utilise pour nous raconter son expérience se tient à l’écart de tout effet spectaculaire, loin de la grammaire du photojournalisme qu’il connaît bien pour l’avoir pratiqué au début de son parcours. 

Ukraine, Suburb of Kyiv, 22 Janvier 2014

Quand on regarde avec attention les images de Guillaume Herbaut en feuilletant les pages de son dernier livre, Ukraine, terre désirée (éd. Textuel, 49 €, 216 pages), on est frappé par la récurrence des photos de jeunes gens. Des photos d’une jeunesse, ou plutôt de plusieurs jeunesses. On navigue ainsi dans la géographie du pays à travers les deux dernières décennies, et on découvre ces multiples jeunesses dans la diversité de leurs engagements politiques. Des manifestants de la place Maïdan aux membres du service d’ordre pro-russe, de la brigade des défenseurs de Marioupol à la cheftaine des pionniers du Parti communiste de Crimée, des membres du mouvement Asgarda aux jeunes patriotes des « Ours russes », des ados en camp de vacances du bataillon Azov aux jeunes recrues de l’armée ukrainienne, on voit défiler les multiples facettes qui composent la nouvelle génération de ce pays. On en devine la complexité. On peut même y déceler, comme nous l’explique le photographe, comment les militants pro-russes demeurent dans une vision passéiste et nostalgique, ancrée dans le XXe siècle, et comment les défenseurs d’une Ukraine indépendante sont tournés vers l’avenir, dans un mode de pensée plus contemporain. Chaque photo de Guillaume Herbaut constitue la balise d’une histoire en mouvement. Ses images sur la jeunesse ukrainienne façonnent une mosaïque précieuse nous aidant à comprendre ce qui se trame aujourd’hui à l’est de l’Europe. À l’heure où l’agression russe se déploie sur une grande partie du territoire et où la résistance des Ukrainiens est plus déterminée que jamais, l’avenir du pays se joue aussi à travers les prises de position d’une nouvelle génération.

 

Cet article est à retrouver dans Fisheye #56, disponible ici.

 

Ukraine, Kyiv, Décembre 2004

À g. Ukraine, Carpates, Juin 2016 à d. Ukraine, Donbas, Avdiivka, 26 Mai 2017

Ukraine, Lviv, Juin 2007

À g. Ukraine, Kyiv, 13 novembre 2011, à d. Ukraine, Houliaïpole, 17 Mars 2019

Ukraine, Kyiv, 5 Février 2022

© Guillaume Herbaut / Agence Vu’