Si l’art digital a depuis bien longtemps sonné la révolution verte, le mouvement environnemental progresse grâce à une pratique toujours plus soucieuse de la planète. Entre low-tech, recyclage et détournements, nombreux sont les artistes à poser aujourd’hui les bases d’un art écoresponsable. Cet article de Maxime Delcourt est à retrouver dans notre dernier numéro.

« On soulève des questions, on évoque des problématiques, on incite les gens à s’interroger sur leur empreinte écologique, mais la vérité, c’est que l’on fait partie du problème. » En une phrase aussi limpide que lucide, Marilou Lyonnais A. pose le dilemme qui se présente à n’importe quel artiste numérique : repenser la façon de créer, trouver de nouveaux modèles de production à même de rendre caducs ceux hérités des générations précédentes. De l’analyse formulée par l’artiste montréalaise, de la nécessaire prise de conscience qu’elle permet, il est possible de tirer les prémices d’une révolution verte. Car, même si la transformation des arts numériques est trop lente, même s’il paraît difficile de trouver un système de production viable pour l’environnement, un changement est bel et bien en cours. 

© Marilou Lyonnais A.

Do it yourself 

Ces dernières années, nombreux sont les artistes à ne plus se contenter d’esthétiser l’écologie via leur création. Ils repensent leur façon de travailler, font appel à des matériaux reconditionnés, optent pour le do it yourself ou tentent plus modestement d’ajuster leur propos artistique à leurs convictions personnelles. Et ce, même si certaines mesures sont difficilement applicables quand on avance au sein du marché de l’art avec l’envie d’y gagner sa vie : « On est sans doute beaucoup à rêver d’un monde où l’on pourrait se permettre de refuser une biennale ou une exposition à l’autre bout du monde, mais c’est un sacrifice énorme à demander à un artiste, affirme Grégory Lasserre, fondateur avec Anaïs met den Ancxt de la compagnie Scenocosme. On fait souvent ce métier par nécessité, par besoin de s’exprimer. C’est une passion, certes, mais l’industrie est pensée de façon que l’on soit obligé d’être exposé pour vivre. » Quant à savoir si les installations produites par le duo tendent vers le tout écologique, le Français se veut honnête: «Franchement, j’aurais dû mal à l’affirmer le poing levé. » À raison : si les œuvres de Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt encouragent à développer un lien fécond avec la nature – Pulsations incite à ressentir le cœur d’un arbre ; Souffles questionne l’impact de l’être humain sur l’environnement –, elles font toutes appel à des ordinateurs « produits en Chine et jetés en Afrique », des sources d’énergie électrique et des data centers. Soucieux d’être le moins polluant  possible, les deux comparses réfléchissent à d’autres façons d’exposer, selon un dispositif moins lourd : ainsi d’Akousmaflore, un jardin de plantes musicales réactives au contact de l’être humain et transportable dans une simple valise. 

Résonances cristallines, 2018. © Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt.

Mobilisation générale 

À l’image du duo français, Gaspard Bébié-Valérian tente lui aussi de rester fidèle à sa ligne de conduite : il voyage essentiellement en train, recycle ses matériaux, réutilise des objets, décline certaines propositions de festivals trop éloignés et développe des œuvres qui n’impliquent pas sa présence pour la présentation de ses expositions. Pour le reste, le Français, toujours accompagné de Sandra Bébié-Valérian, refuse d’adopter une approche dogmatique, estimant qu’il est quasiment impossible pour un artiste d’être radical sur le plan écologique : « L’œuvre a déjà une pensée politique qu’elle prône auprès d’un certain nombre de personnes, mais elle n’a pas à avoir la même finalité qu’un discours politique. » Marilou Lyonnais A. développe la même idée : « Ces derniers temps, les arts numériques sont assez stigmatisés sur ce sujet. Je trouve ça assez injuste de mettre cette responsabilité écologique sur le dos des artistes. La prise de conscience est nécessaire, mais elle doit être collective. À Montréal, la diminution de l’empreinte carbone est d’ailleurs un sujet que l’on aborde souvent lors des résidences artistiques. » 

 

Cet article est à retrouver en intégralité dans Fisheye #56, disponible ici.

Recherche-création sur l’interrelation entre le virtuel et l’écologie, Chianti, été 2021. © Marilou Lyonnais A.