Actuellement exposée au Festival Circulation(s), la photographe María Moldes aime mettre son imagination au service de ses clichés. C’est de façon décalée qu’elle aborde l’écologie si bien que sa série Bloop semble tout droit venue d’un film de science-fiction.

Les photographies de María Moldes illustrent sa propre vision du monde. Derrière chaque image se cache le même récit : celui de la société dans laquelle elle vit. Sa beauté, ses travers et ses aspirations. Lorsque le monde ne l’inspire pas, María invite l’imaginaire dans ses clichés, comme pour se réconcilier avec un réel insatisfaisant. « Nous vivons dans une époque qui ne me fait pas rêver », confie-t-elle. « J’ajoute à mes photos une dose d’ironie et de surréalisme, pour échapper à la grisaille de la vérité ».

Les clichés hauts en couleur de Bloop traitent ainsi, d’une autre manière, les problèmes liés à la pollution. « J’aborde, dans mon travail, les sujets qui me tiennent à cœur, et dont il est souvent difficile de parler », explique la photographe. « Il s’agit ici de la contamination d’un village d’Espagne, célèbre pour ses lagons salés, un paradis sur terre, prisé par des centaines de personnes ». Cependant, le surdéveloppement et les déchets agricoles dérèglent son écosystème fragile et le détruisent lentement. Un avenir sombre poussé à l’absurde par les images de María, où hommes et déchets s’immergent dans des eaux rose bonbon.

Un décor de science-fiction

Pourtant, si les couleurs semblent artificielles, elles ne sont pas éditées. « Je recherche cette confusion », révèle l’artiste. « Ces couleurs qui paraissent irréelles me permettent de captiver mon public, et de l’emmener où je le souhaite : entre la réalité et la fiction ». Bloop, avec sa palette vive et ses personnages recouverts d’une substance noire évoquent les comics, jusqu’au nom de la série, une onomatopée, popularisée notamment par ces bandes dessinées. Ce sont des éléments  chers au médium et au cinéma de science-fiction des années 50, qui influencent la photographe. « J’ai essayé de transformer la réalité de cet endroit en un décor de cinéma », confie-t-elle. Dans cet univers aux tons étranges, les hommes s’aliènent, et deviennent des créatures prêtes à envahir la terre. Les invasions extraterrestres peuplaient les écrans de cinéma du siècle dernier, et remplissaient ses salles, alors fascinées par cette menace contre l’humanité. En installant l’absurde dans ses photographies, María s’amuse de cette mode futuriste, et transforme l’homme en son propre destructeur, réduisant en poussière son territoire à l’aide d’un terrible fléau : la pollution.

 

 

© María Moldes