Pour Caroline Ruffault, la femme ne doit plus être considérée comme un simple objet de désir. La photographe s’interroge à travers Female Gaze sur la refonte du regard féminin pour une relecture du corps dans l’art loin du prisme sexuel.

« J’ai commencé en classe de 5e quand le club photo a ouvert. Je crois que c’était surtout pour échapper à la cantine du collège. » C’est ainsi que Caroline Ruffault découvre la photographie. Quant au féminisme ? Ce n’est que tardivement qu’elle s’intéresse à la question. « J’ai un frère jumeau et nous avons été élevés de la même manière. Pour moi, les hommes et les femmes étaient les deux penchants de l’humain, forcément égaux », raconte-t-elle. Il y a un an, elle a un déclic. Durant une séance photo pour une marque de vêtements, elle remarque les postures suggestives de son modèle. « Je me suis demandé ce qui la poussait à se mettre en scène ainsi et à se montrer tel un objet de désir. Et pourquoi en tant que photographe, acceptais-je de produire ce genre de clichés ? » Caroline Ruffault réalise alors que le discours de la critique et réalisatrice Laura Mulvey – connue pour avoir écrit un article fondateur des études féministes sur le cinéma – est aussi valable pour le 8e art. « Nous (les femmes) avons grandi en regardant des films et des images faites par et pour les hommes, et nous avons appris à regarder les femmes à travers les yeux des hommes. Le féminisme en photo, c’est sûrement ça, désapprendre pour ne plus mettre en scène des femmes offertes pour le plaisir de l’homme », explique-t-elle. Depuis, elle ne cesse de s’interroger sur le regard, le regard féminin.

Déconstruire notre regard

En janvier 2017 à Austin, au Texas, elle réalise sa série The Female Gaze. Qui est Christhany, son modèle ? Comment se voit-elle ? Et nous, que retiendra-t-on d’elle ? Son corps nu dans la baignoire ou bien son reflet dans le miroir ? Car finalement, l’identité se multiplie selon les « regardeurs ». Si certaines de ses images nous semblent déjà connues, sa démarche demeure séduisante. Elle banalise ici le corps. Il doit être contemplé comme « n’importe quelle autre chose, loin du prisme sexuel ». Face à nous, une femme aux cheveux courts dans une maison inhabitée. Caroline Ruffault a imaginé un espace neutre afin de déconstruire les images stéréotypées de notre quotidien. Un terrain favorisant la refonte de notre regard. Car pour changer la perception des femmes, il faut changer les représentations et inventer de nouvelles images. Un idéal qu’elle poursuit à travers son projet de fanzine SHEGAZES. Un support ouvert à toutes et à tous dont l’objectif est de rassembler de nouvelles images de femmes et d’établir de nouvelles règles.

© Caroline Ruffault