Stephen Shames est un étudiant de 19 ans, lorsqu’il découvre les Black Panthers. C’est Bobby Seale, fondateur du mouvement et aujourd’hui, qui l’introduit au sein du groupe. Pendant sept ans, le jeune photographe saisira l’exaltation militante et engagée qui anime l’organisation.

Spectateur privilégié, il est présenté à toutes les figures importantes : Huey Newton, Angela Davis, Kathleen et Eldridge Cleaver ou encore June et David Hilliard. Si d’autres ont photographié les actions des Black Panthers (Ruth-Marion Baruch, Pirke Jones, entre autres), aucun n’aura pu jouir d’une telle proximité avec le parti.

© Stephen Shames
© Stephen Shames

« Je ne savais pas ce que je faisais à l’époque », nous confie Stephen Shames. Le travail remarquable accompli ces années-là, et exposé aujourd’hui sur les cimaises du Musée Nicéphore Niépce, est le fruit de l’insouciance. Peut-être aussi d’une appétence pour le fracas des grandes causes et le climat agitateur qui régnait sur les États-Unis, alors en pleine guerre du Vietnam. « C’était une période de folie », se souvient le photographe.

Des Panthers aux kids du Bronx

Pour lui, « tout est politique » et l’a toujours été. Alors embarqué en plein cœur du mouvement des Black Panthers, il commence aussi un travail d’envergure, auquel il consacrera 20 ans de sa carrière. Entre les années 60 et 80, il arpente avec une assiduité constante les rues du Bronx. L’objectif ? Photographier la misère. Le rêve américain n’est qu’une façade, une utopie. Les images de Stephen Shames nous ramène à la réalité. Ainsi naissent Bronx Boys puis Outside the dream. Ses photographies ne dénoncent pas. Elles dévoilent une empathie mais ne font preuve d’aucun pathos. Elles révèlent la banalité affligeante des maux dont souffre la société américaine. Là est leur force.

© Stephen Shames
© Stephen Shames

« Si l’on ne prête pas attention aux classes moyennes et pauvres, comment la société peut-elle aller mieux ? », interroge le photographe. Des décennies plus tard, son engagement et sa révolte sont toujours les mêmes. Les images présentées tout au long de cette passionnante rétrospective révèlent un mouvement quasi perpétuel. Elles sont terriblement vivantes et résonnent d’autant plus fort aujourd’hui que les troubles qu’elles dénoncent sont toujours d’actualité.

© Stephen Shames
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