En tissant des liens avec des anciens détenus, la photographe libanaise Elsie Haddad a décidé de consacrer une série sur la vie après la prison et la difficile réinsertion d’anciens détenus dans la société.

Après plusieurs années d’hésitation, Elsie Haddad, jeune Libanaise fraîchement diplomée, a trouvé sa voie : la photo documentaire lui permet de rencontrer les autres et de porter leur histoire. Depuis 2012, elle consacre une grande partie de son temps à la série Stranded (en français, « coincés ») sur la vie après la prison au Liban.

En 2012, pendant un stage phot, elle tombe sur un groupes d’hommes au bord de la mer, en train de plonger en plein milieu du mois de janvier. Elle les prend en photo et revient leur montrer le résultat. Un lien se tisse avec ces anciens détenus qui se sont rencontrés en prison.

La prison de Roumieh est la plus grande du Liban. Elle détient 5500 prisonniers. Surpeuplée, elle abrite des mineurs comme des adultes, en détention provisoire ou déjà condamnés. / Image tirée de la série « Stranded » / © Elsie Haddad

« Ils avaient partagé la même cellule pendant plusieurs années et se sont retrouvés à leur sortie de prison. Ils ont trouvé un rocher dans la mer et ont déclaré que ce serait leur sanctuaire », se souvient Elsie. En apprenant à les connaître, elle saisit le traumatisme que laisse l’emprisonnement sur les gens. « Quelle vie peut-on mener après ça ? Je voulais comprendre et dépeindre la situation et l’impact psychologique que la douleur du confinement et le fait d’être rejeté de la société peuvent avoir. »

L’objectif du projet Stranded est double. Il vise d’abord à attirer l’attention sur les problèmes auxquels les ex-détenus font face en sortant de prison et le manque d’opportunités pour réintégrer la société. Il a aussi pour but de relayer l’histoire de ces individus qui viennent de milieux et de communautés différentes et qui, pour différentes raisons, se retrouvent privés de liberté. « Je souhaite aussi explorer en profondeur les programmes de réinsertion et les risques de succomber encore à l’illégalité. Seront-ils plus enclins à la vie de criminelle ou trouveront-ils refuge dans des idéologies radicales et fanatiques ? », s’interroge Elsie.

Abu Abdo, Mohamad Al Mazloum, 39 ans, marié et père de 5 enfants. Il a été condamné en 2004 à 7 ans de prison pour trafic de drogue. Libéré en 2010, il vit aujourd’hui à Britel dans la vallée Bekaa./ Image tirée de la série « Stranded » / © Elsie Haddad

Parce qu’elle veut produire un travail simple, accessible et honnête, Elsie travaille en collaboration avec ces anciens détenus et leur prête du matériel pour qu’ils puissent photographier des lieux ou des personnes qui font partie de leur histoire. Son projet est encore cours : elle espère rencontrer de nombreux ex-prisonniers afin de dresser un tableau représentatif de cette population très variée.

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→ Le blog d’Elsie Haddad