C’est une photo qui fait polémique : l’artiste chinois Ai Weiwei reproduisant la pose d’Aylan Kurdi, l’enfant syrien noyé dans la nuit du 2 septembre 2015 et retrouvé sur une plage turque. Un cliché symbolique par lequel l’artiste réitère son engagement pour la cause des migrants.

(via The Washington Post)

Face contre terre, il s’est allongé sur une plage de galets, immobile, les yeux clos. Ai Weiwei a décidé de frapper fort, en reproduisant ainsi le cliché d’Aylan Kurdi, réalisé par la journaliste Nilufer Demir. Montrée pour la première fois fin janvier dans le cadre d’une exposition de l’Indian Art Fair, cette photo a été prise sur l’île grecque de Lesbos par Rohit Chawla, un photographe de l’hebdomadaire India Today.

© Rohit Chawla pour India Today

Cinq mois après l’émoi suscité par l’image du petit Aylan, devenue symbolique, la mise en scène d’Ai Weiwei ne fait pas l’unanimité. Certaines critiques reprochent notamment à l’artiste de vouloir s’accaparer le devant de la scène. Mais il n’est pas le premier ni le seul artiste à s’imposer avec éclat sur le sujet. Banksi avait déjà fait couler beaucoup d’encre l’été dernier avec Dismaland, son faux parc d’attraction éphémère qu’il avait ensuite déplacé à Calais.

Au-delà du personnage subversif, reconnu pour son art protestataire, n’est-ce pas plutôt le contexte qu’il faut interroger ? Le malaise ne vient-il pas plutôt du fait qu’il faille reproduire l’horreur pour la montrer, alors qu’elle se produit tous les jours ?  Le message est violent mais il est proportionnel à la cruauté de la réalité. Car depuis septembre dernier, plus de 300 enfants sont morts en Méditerranée.

#safepassage

Ce qu’Ai Weiwei exprime à travers cette image s’inscrit dans un engagement qu’il poursuit depuis plusieurs mois et qu’il relaie notamment sur Instagram, via les hashtags #refugees ou #safepassage.

Depuis fin décembre dernier, l’artiste documente au quotidien, en photos et vidéos, l’arrivée et la prise en charge des migrants qui affluent sur l’île grecque où il a installé son studio. En janvier lors d’une conférence de presse, il avait d’ailleurs exprimé son souhait d’édifier un mémorial en hommage aux milliers de personnes qui risquent leur vie pour fuir leurs pays. Quelques semaines plus tard, il annonçait sa décision d’annuler deux expositions prévues au Danemark, après le vote d’une loi qu’il a jugée «honteuse» permettant la saisie des biens des demandeurs d’asile.

 

#refugees

Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

 

#lesvos Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

#refugees

Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

Texte par : Marie Moglia