Avec He grew up in the fog, le photographe italien Angelo Bonetti propose une nouvelle série très personnelle. Dans une quête de soi, il utilise les images comme des mots. Un voyage dans le brouillard de la mémoire.

« Un passé, que je n’ai pas vécu ou dont je ne me rappelle pas, mais qui a existé, s’est évanoui dans les ténèbres de la mémoire, de manière lointaine et fragmentée. » Les mots qu’Angelo Bonetti a choisis pour accompagner sa dernière série traduisent bien sa démarche. Avec He grew up in the fog, cet autodidacte né à Turin part à la recherche de lui-même. Comme l’indique le titre de cet ensemble, ses souvenirs sont parcellaires, vagues. S’il a voulu s’exprimer par l’image, c’est avant tout par nécessité. Une façon pour lui de se maintenir connecter au monde. Angelo Bonetti enchaîne les petits boulots, sans jamais se sentir à sa place. Le 8e art devient alors une sorte d’exutoire. « J’utilise la caméra comme un outil de recherche personnel. Ce que je peux exprimer par la photo me permet de rester à flot et de continuer à me poser des questions qui me font progresser et qui donnent un sens à ma vie »,  analyse l’artiste. Nous pourrions presque parler d’une thérapie par laquelle il affronte ses doutes et tente de reconstituer les évènements qui l’ont mené à être l’homme qu’il est aujourd’hui.

Des éclats visuels

« Mon projet examine les situations où tristesse, honte, anxiété et nostalgie ont créé un sentiment de perte sans signification précise », confie le photographe. Dans cette errance intérieure, une impression de nébulosité se dégage. En métaphore, nous retrouvons la brume turinoise de son enfance, à laquelle se réfère le titre He grew up in the fog. Angelo Bonetti l’explique ainsi : « Le brouillard représente la confusion, l’incertitude et les perturbations de l’âme. » Logé dans cette épaisseur ouatée, il lui faut composer par touches éparses afin de construire sa vérité. D’ailleurs, ces éclats visuels, particules de la réminiscence, sont-ils les siens ? Pour concevoir la mosaïque de sa mémoire, Angelo Benetti ne se limite pas à ses propres réalisations. Il empreinte, détourne, rogne. « Ce travail est très hétérogène. Je l’ai élaboré à partir d’archives, d’images trouvées, rephotographiées, actuelles et anciennes. Une construction faite de notes, de mots venus d’émotions refoulées, oubliées. Ce fut un processus long et difficile qui m’aide à accepter des choses qui se sont produites par le passé », décrypte l’auteur. Celui-ci n’en dira pas plus. Cette histoire, s’il la partage, elle lui appartient.

Libéré du bruit

Ce cheminement dans les limbes de son être l’inscrit dans un temps par lequel il évolue à tâtons. « Les images forment un document de recherches et de découvertes. Elles créent un manuel personnel qui me guide, révèle Angelo Bonetti. Le passé et le futur sont mis au même niveau, donnant vie à une forme de présent continu.» Plus que la simple expression de ses maux, He grew up in the fog fournit des clés de lectures. La sélection des représentations, les agencements et la composition constituent une dialectique. On pourrait ainsi parler de motifs servant à Angelo Bonetti de substrats et par lesquels il tisse de manière plus ou moins consciente la toile de son individualité. Un cabinet de curiosité iconographique riche où se mêlent les impressions. Grâce à ces photographies, l’artiste respire. C’est ainsi qu’Angelo Bonetti le vit : « Ces images sont celles qui me donnent un souffle, m’octroient une pause. Elles restent suspendues, hors du temps et du contexte. Un poème qui me libère du bruit. »

© Angelo Bonetti