Comptabilisant 240 000 abonnés sur Instagram, le photographe américain Rob Woodcox connaît un succès phénoménal. Son sujet de prédilection ? Les corps, mis en scène dans des « sculptures humaines » aussi étranges qu’impressionnantes. Inspiré par les mouvements de danse, mais aussi les relations et notre connexion à la nature, l’artiste ne cesse de braver la gravité pour construire des images d’une splendeur surréelle. « On me demande souvent si je photographie sur fond vert. La réponse est non : je grimpe, avec mes modèles et mon équipement pour atteindre des lieux singuliers. J’essaie, à travers mes images de me libérer, pour exposer ma propre vision, sans crainte de jugement », nous confiait-il, il y a deux ans. Vous mourrez d’envie de découvrir l’homme qui se cache derrière ces clichés mémorables ? C’est l’occasion, à travers son portrait chinois !

Si tu étais…

Une de tes images ?

Evolution of Fall. C’est une image qui semble résumer une grande partie de mon expérience : je me jette toujours dans le vide, en apprenant à faire confiance à ma chute en chemin.

Un modèle rêvé ?

Quelqu’un d’aussi étrange et spontané que moi ! J’aime me plonger dans les émotions, les formes, notre connexion à la Terre, donc je pense que quelqu’un capable de me suivre dans cette aventure sera l’heureux élu.

Un endroit à photographier ?

Jetez-moi en plein cœur de la nature, avec un modèle intéressant sous la main, et je serai ravi. Je me suis également pris à rêver, ces derniers temps, aux lacs gelés de Sibérie, aux forêts tropicales qui rencontrent les glaciers de Nouvelle-Zélande, aux salines de Bolivie, ou encore aux sommets escarpés de Patagonie…

Une émotion ?

La passion. Je tombe toujours sous le charme de garçons, de la nature, de la nourriture, de la musique, de la culture… Et je le vis plutôt bien : la passion, c’est le bonheur.

Une lumière ?

Si je le pouvais, je me baignerais toujours à l’heure dorée. Flotter au milieu des vagues, près d’une petite crique, à contempler les éclats orangés du soleil sur les crêtes, la brume humidifiant mon visage tandis que j’expire…

Une anecdote ?

J’ai récemment fait du rafting sur une rivière de forêt tropicale en Colombie. Des singes nous ont jeté des noix de coco et nous avons fui vers l’océan où nous sommes restés sur un banc de sable, des vagues venant de toutes les directions. Nous étions coincés : la rivière d’un côté et l’océan de l’autre. Alors que je commençais à me réinstaller dans le bateau pour remonter la rivière, la foudre a frappé terriblement proche de nous, immédiatement suivie d’un coup de tonnerre qui nous a fait frissonner. Alors que nous continuions à remonter la rivière, à deux doigts de chavirer, les éclairs se sont multipliés, détruisant des arbres et faisant tomber des branches, des troncs dans notre sillage. J’ai cru qu’on allait y rester !

Une heure plus tard, une fois abrités, on nous a informés que quelques minutes après notre départ, une vague causée par une avalanche avait menacé de s’écraser dans la vallée où nous nous trouvions… On peut dire qu’on l’a échappé belle à plusieurs reprises, mais je ne me suis jamais senti aussi vivant que lorsque j’ai frôlé la mort.

Un film ?

Fantastic Fungi, qui est un film incroyable et édifiant, que j’ai beaucoup conseillé ces derniers temps. J’adore découvrir les profondeurs et les rouages du monde naturel, et je pense que tout le monde pourrait bénéficier d’un tel visionnage.

Un sujet à explorer ?

J’aimerais beaucoup explorer la thématique du réchauffement climatique, mais d’une manière positive et productive. On peut observer beaucoup d’efforts partout dans le monde pour protéger les forêts et les océans. J’ai en tête trois organisations géniales : Just Diggit, qui revégétalise de grands espaces d’Afrique, Only One, qui met en place des projets de loi massifs pour protéger les océans du monde entier, et Amazon Conservation, l’une des plus grandes associations dédiées au poumon vert de notre planète, qui se bat pour protéger cet écosystème irremplaçable.

Un écrivain et sa citation ?

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus ;
Le vieux qui est fort ne dépérit point.
Les racines profondes ne sont pas atteintes par le gel. »

JRR Tolkien

Un compte Instagram ?

Je pourrais me perdre dans la curation de pages comme @nowness.

Une commande ?

Je me réjouis de mon travail récent avec Dr. Barbara Sturm et le Royal Ballet de Londres. Je viens de réaliser mon premier court métrage intitulé We Are Molecular, and nous allons prochainement publier la director’s cut. Ce projet va parcourir le monde, et c’est hyper enthousiasmant – mon travail étant déjà très porté sur la danse et le mouvement, travailler avec le Royal Ballet a toujours été un rêve pour moi.

Quelqu’un avec qui tu rêverais de collaborer ?

Impossible d’en choisir un ! FKA Twigs, Rihanna, Willow Smith, Damien Jalet, Parris Goebel, Tim Burton, Wes Anderson, Tilda Swinton, Olivier Rousteing, Ry X, Demna Gvasalia… La liste est longue.

Un pays ?

Là encore, j’ai du mal à n’en sélectionner qu’un… Mais l’Égypte, la Grèce, la Turquie, la Thaïlande, le Brésil, l’Afrique du Sud, la Namibie et la Chine sont mes priorités du moment !

Une exposition ?

Ma prochaine exposition à Mexico ! J’y montre des travaux de quatre séries différentes, au Leonora Carrington Museum, de novembre 2021 à février 2022.

Rob Woodcox © Sara Khalid