Le 4 juillet 2019, le jury du VR Arles Festival a récompensé quatre expériences de réalité virtuelle. Quatre immersions dans des univers riches et divers.

Le jury du VR Arles Festival, présidé par l’actrice Charlotte Rampling, a récompensé quatre expériences de la sélection officielle du festival : 7 lives de Jan Kounen, Traveling while Black de Roger Ross Williams, HanaHana Multi Bloom de Mélodie Mousset et Re-animated de Jakob Kudsk Steensen. Quatre réalisations donnant à voir la diversité de la réalité virtuelle.

Apprendre à penser autrement

 « Pour un réalisateur de cinéma, travailler avec la réalité virtuelle, c’est comme s’inventer dans le film. Une sorte de fantasme : le mur est détruit, et l’on pénètre à l’intérieur de la fiction », confie Jan Kounen, scénariste, producteur et réalisateur d’origine néerlandaise. Son projet 7 lives a remporté le Prix Fictions. Une aventure captivante au cours de laquelle une jeune fille se jette sous un métro. Sur le quai, les témoins de la scène sont choqués : elle a réveillé en chacun d’eux un traumatisme, une douleur. L’âme de la victime devra traverser l’esprit de chacun d’eux pour les aider à trouver la paix. Un récit singulier que le créateur a développé durant une année. « Les langages du cinéma et de la réalité virtuelle diffèrent. Si mon savoir-faire me permet de m’adapter, il faut pourtant apprendre à penser autrement », précise Jan Kounen, qui compare volontiers la VR à une mise en scène théâtrale, ou à une œuvre d’art contemporain. Une avancée technologique qu’il imagine devenir un « outil de vie, permettant des voyages et des discussions incroyables ».

© Jan Kounen

Interroger la notion de sécurité

Traveling While Black est le premier film de réalité virtuelle réalisé par Roger Ross Williams. Un documentaire émouvant autour de la question raciale aux États-Unis, qui a remporté le Pirx Versions. Inspiré par une pièce de théâtre intitulé The Green Book, retraçant l’histoire d’un guide de survie destiné aux Afro-Américains au 20e siècle, le réalisateur a souhaité interroger les notions de liberté et de sécurité du présent. À travers une mise en scène réaliste, il immerge le regardeur dans la longue histoire des restrictions imposées à la population noire américaine. En utilisant le décor d’un restaurant comme toile de fin, il voyage à travers les décennies et présente un panel de témoins poignant. Une création tout en émotion, pointant du doigt les inégalités qui subsistent de nos jours.

© Roger Ross Williams

Transformer le territoire

C’est Mélodie Mousset, créatrice de l’expérience HanaHana Multi-Bloom qui remporte le Prix Visions, dédié aux créations artistiques. « Je travaille sur ce projet depuis quelques années. Si les premières pierres ont été posées assez vite, la structure, elle, s’est construite au fur et à mesure », confie l’artiste. Le principe de l’expérience ? Faire pousser des arbres de mains humaines dans un monde désertique. Une création multijoueurs ludique et interactive. « Lorsqu’on réalise une telle œuvre, il faut créer de toute pièce les interactions possibles avec autrui, inventer une manière de communiquer, et de partager un monde virtuel. C’est un enjeu fantastique et sans fin », confie Mélodie Mousset, qui se souvient avoir été émue en partageant pour la première fois l’expérience HanaHana avec un autre joueur. Comme des enfants dans un terrain de jeu gigantesque, les visiteurs sont invités à transformer le territoire. Les mains poussent, grandissent et se multiplient en fonction du toucher, émettant des sons étrangement satisfaisants. Mais que représentent-elles ? Des arbres étranges, venus de nos rêves les plus fous ou un monde devenu insensé par la main de l’Homme ? Une immersion dans un monde insolite, aussi onirique que cauchemardesque.

© Mélodie Mousset

Développer les cinq sens

Lauréat du Prix du Jury, Jakob Kudsk Steensen a construit son œuvre Re-animated autour du chant du dernier oiseau Moho de l’île Kauai, mort en 1987. « C’est fascinant, car tout le monde peut écouter ce son sur Internet. Comme une expérience de retour dans le passé. Le numérique nous permet de découvrir ce qui a disparu de la nature », précise le réalisateur. Immergé dans une magnifique forêt, le regardeur découvre l’habitat de cet oiseau. Un territoire construit à partir des souvenirs d’un spécialiste du Moho, qui a passé 40 ans à l’étudier. « L’écosystème se transforme lentement, en fonction de la voix et la respiration du regardeur. Une musique, composée à partir d’un algorithme, change également à chaque visionnage », explique le créateur. En construisant cet univers à partir de matériaux organiques, Jakob Kudsk Steensen développe les cinq sens grâce à la VR. « Si on observe d’abord ce monde d’une perspective humaine, petit à petit on adopte le point de vue d’un insecte, ou un habitant de cette forêt », raconte-t-il. Une création touchante, évoquant les notions de deuil, de tristesse et d’acceptation.

© Jakob Kudsk Steensen

Image d’ouverture : © Jakob Kudsk Steensen