Du 4 au 11 juillet 2021, l’agence MYOP investit trois espaces en cité arlésienne. À la Galerie Henri Comte, les photographes s’unissent dans un monochrome complexe et nuancé et présentent Back to Black, une exposition 100% noir et blanc !

Après un an d’absence, les Rencontres d’Arles viennent d’inaugurer leur nouvelle édition. Et pour célébrer la renaissance de la culture, l’agence MYOP investit cette année trois espaces, et imagine trois parcours présentant les diverses écritures des auteurs membres. « Avancer toujours. Quoi qu’il advienne », déclarent-ils, en guise d’introduction. À la Galerie Henri Comte, les membres de l’agence imaginent un retour au noir et blanc, orchestré par Olivier Monge, commissaire de l’exposition. « Tous les photographes de MYOP entretiennent un rapport intime, personnel et historique avec ce type de production, sûrement parce que tous, nous avons commencé en noir et blanc, mais aussi parce que nos références premières – Klein, Koudelka, Evans… – l’utilisent beaucoup », confie-t-il, avant d’ajouter : « Ma vision du noir et blanc ? Une grande liberté de moyen et d’interprétation, et souvent un terrain parfait pour l’expérimentation. Le laboratoire est, de plus, un lieu de rencontre personnel avec le médium, d’intimité, d’introspection. Certains auteurs l’utilisent à des moments spécifiques de leur vie : une rupture, une lassitude, le besoin impérieux de produire un sujet très personnel… »

© Julien Daniel / M.Y.O.P.

Ancrer des voyages

Dans un monochrome qui lie les contrastes et tisse des liens entre les approches, l’exposition Back to Black propose une virée dans une multitude d’imaginaires. Du reportage à l’introspection, du réel à l’onirisme, les membres de MYOP usent de la non-couleur pour écrire des récits, ancrer des voyages, figer des instants avant qu’ils ne s’effacent. Pour Guillaume Binet, le noir et blanc est prétexte à illustrer des émotions, des sensations. Plus expérimental, il lui permet « de saisir le passage d’une entité migratoire qui traverse les mondes physique et métaphysique en dehors de toute présence humaine ». Julie Hascoet fait quant à elle vibrer le grain de l’image. En nuances de gris, elle recherche le sublime dans le hasard. « Mes images peuvent être dégradées par un copieur numérique mal réglé, ou grossièrement tramées par la risographie : cela n’a pas d’importance, c’est même parfois souhaité », précise-t-elle.

Ancien étudiant aux beaux-arts, Oan Kim s’inspire des « jeux de lumière et de contrastes de Rembrandt, Cézanne ou Seurat », toujours conscient du caractère trompeur du médium photographique. « Il fait disparaître l’essentiel de la réalité en ne montrant qu’une image unique, plate et figée », explique-t-il. Dans l’exposition, il présente un travail sur la tauromachie, usant du monochrome pour apporter une dimension théâtrale et tragique à cette coutume folklorique. Le dernier jour du premier confinement – le 10 mai 2020 – Ed Alcock capture quant à lui une « averse aux proportions bibliques », survenue quelques heures avant nos premiers pas à l’extérieur. Éclairées par le flash, les gouttes remplissent l’image et deviennent allégoriques. « Un avertissement du chaos à venir », poursuit le photographe.

© Oan Kim / M.Y.O.P

Des questionnements contemporains

Alors que l’exposition Noir et Blanc proposé par le Grand Palais rappelait au public que la pratique, malgré son ancienneté, ne cesse de se renouveler, les auteurs de MYOP poursuivent, dans Back to Black cette exploration. « Ce choix esthétique peut être très contemporain, même s’il garde les mêmes caractéristiques qu’il y a quarante ans : simplification de la lecture, possibilité de jouer avec les contrastes, accent sur la composition, écriture très personnelle, richesse des supports finaux… Et les tirages ! rappelle Olivier Monge. Et avec l’installation du numérique, se pencher sur la qualité des tirages revient presque à être à contre-courant – c’est sûrement pour cela que cette pratique est de plus en plus en vogue chez les tout jeunes photographes. » Inspiré par les histoires de ses confrères, le commissaire propose une immersion dans des univers marqués, ancrés dans des actualités, des questionnements contemporains. Une collection faite de contrastes, de clairs-obscurs, d’hyperréalisme et d’abstraction interrogeant tout en finesse les finalités du médium, tout en plongeant les visiteurs dans un conte fascinant aux surprises et lectures multiples.

 

MYOP in Arles 2021

Galerie Henri Comte, 28 rue de l’Hôtel de ville

Galerie Arena, 16 rue des Arènes

Cour de l’Archeveché, place de la République

Du 4 au 11 juillet 2021

© à g. Agnès Dherbeys, à d. Olivier Jobard / M.Y.O.P.

© à g. Marie Dorigny, à d. France Keyser / M.Y.O.P.

© Julie Hascoet / M.Y.O.P.

© à g. Olivier Monge, à d. Pierre Hybre / M.Y.O.P.

© à g. Ulrich Lebeuf, à d. Jeremy Saint-Peyre / M.Y.O.P.

© Julien Pebrel / M.Y.O.P.

© Ed Alcock / M.Y.O.P.

© à g. Alain Keler, à d.Olivier Laban-Mattei / M.Y.O.P.

© à g. Jean Larive, à d. Guillaume Binet / M.Y.O.P.

© Stéphane Lagoutte / M.Y.O.P.

Image d’ouverture : © Oan Kim / M.Y.O.P