Charles Delcourt a arpenté les terrils du Nord de la France en 2008, guidé par le plaisir de la rencontre, les surprises de l’errance et une curiosité aiguë pour ce territoire. Dans le Fisheye #6, nous lui avons laissé la parole pour décrire ce reportage qui ne s’interdit pas l’humour.

« Le paysage du Nord est entièrement manufacturé, façonné par l’homme et ses usages. Les terrils du bassin minier lensois le sont aussi. Ces monts de schiste, sous-produit de l’exploitation du charbon, dépassent parfois 100 mètres de hauteur et s’imposent au regard, témoins récurrents de l’histoire des lieux, chapelet d’obstacles suivant une ligne est-ouest qui entaille ce pays. Le reportage est rythmé par ces relais visuels. La navigation s’est donc faite à vue, un terril en appelant un autre, de l’extrémité ouest du bassin minier, à Bruay-la-Buissière, en allant vers l’est, jusqu’à Oignies. Ce travail égraine les sommets, utilisant ce prétexte pour s’attarder sur la vie qui s’écoule au pied de ces géants et chercher à définir l’essence des lieux. Aujourd’hui, vingt ans après les dernières fermetures des mines qui les ont créés, les terrils ont évolué de manière indépendante, au gré des intentions politiques ou industrielles, jusqu’à développer une identité propre. On les retrouve donc ainsi : bruts et minéraux ; paysagés par l’homme ou reconquis par une végétation spontanée ; convertis en pistes de ski ou en bases nautiques ; ré-exploités pour leur schiste rouge ; entaillés, aplanis ou même transformés en station d’épuration… Des spectacles ou des randonnées y sont organisés.

Entre reconversion, aménagement ou laisser-aller, les scenarii sont très divers. Reste partout l’attachement que leur porte la proche population. Les terrils sont intégrés à l’environnement quotidien, appropriés par les habitants, désormais voisins de ces montagnes. La ville s’est étendue jusqu’à les entourer, les digérer presque tout entiers. Ils dominent d’anciens corons réhabilités, des collèges, des aires de gens du voyage, des terrains de sport, des zones industrielles ou des parcelles agricoles. Ainsi intégrés à l’environnement et à la vie ordinaire, ils rappellent à toute une population son histoire. Identitaires, ils sont des repères, des totems pour une population que le passé minier rassemble. Malgré la dureté de la tâche, la nostalgie de l’époque minière est bien présente. Dans chaque commune, au pied de chaque terril, des guides d’un jour se sont spontanément proposés. Pas économes de leur temps, ils m’ont fait découvrir leurs terrils et la problématique locale avec une certaine fierté. »

Un projet photographique à retrouver dans le livre Face Nord paru aux éditions Light Motiv et accompagné des textes de l’écrivain Andreï Kourkov.

© Charles Delcourt