L’art au service des autres. Tel est le credo de Virginie et Olivier Goy, les fondateurs de la fondation Photo4food. Depuis décembre 2019, ils ne cessent de prouver qu’il est possible de lutter contre la pauvreté et la malnutrition tout en se passionnant pour le 8e art.  Lumière sur la fondation, ses fondateurs, et leur vision entrepreneuriale de la philanthropie.

Fisheye : Entrepreneur, collectionneur, photographe engagé… Qui êtes-vous Olivier Goy ?

Olivier Goy : Photographe amateur, je suis aussi un entrepreneur. Depuis plus de vingt ans, je finance des entreprises pour leur permettre de grandir. J’ai fondé en 2014 October, une société de prêt aux petites et moyennes entreprises. Il s’agit d’une finance utile, directe, ayant un impact sur l’emploi. Je suis tout à fait conscient de la connotation négative du terme « finance », je préfère d’ailleurs me qualifier d’entrepreneur que de financier. Je pratique la photo depuis 10 ans.

Et vous, Virginie, quel est votre lien avec le 8e art ?

Virginie Goy : Si je ne pratique pas la photo, j’y suis très sensible. J’ai entrepris une démarche de reconversion professionnelle. J’ai quitté mon poste de directrice financière au sein d’un groupe de restaurants, nous voulions allier engagement dans la cause alimentaire et photographie. car je voulais donner de mon temps, et m’investir pour une cause.

Quelle est la genèse de la fondation Photo4food ?

Olivier Goy : En mai 2019, j’ai suivi un stage photo dans le cadre du programme Venezia Photo. J’ai ainsi pu passer trois jours auprès d’Albert Watson. En rentrant, j’ai su que je voulais développer quelque chose dans l’univers de la photo. L’idée de la fondation m’est apparue un jour, sous la douche. Nous étions déjà engagés auprès de l’association Août Secours Alimentaire (structure prenant le relais quand la plupart des associations ferment leurs portes), nous voulions allier engagement dans la cause alimentaire et photographie.

Parmi tous les combats sociaux, vous avez choisi l’alimentaire, pourquoi ?

Olivier et Virginie Goy : Se nourrir est un des besoins primaires. S’il est possible de « s’établir » dans la rue, manger est vital… Et il est désolant de voir autant de gens privés de nourriture. Il ne s’agit pas seulement de personnes sans domicile fixe, mais aussi d’étudiants, de migrants, ou de travailleurs pauvres. En 2019, par rapport à 2018, on a pu observer une hausse de 7% des repas distribués par Les Restos du cœur – et ce n’est pas parce que leurs actions se sont développées, la pauvreté augmente.

Comment décrire, en quelques mots, la fondation Photo4food ?

L’objectif de la fondation ? Mettre l’art, et notamment la photographie, au service des autres, tout en luttant contre la malnutrition et la pauvreté en France. Grâce à la vente de photographies et aux dons faits à la fondation, nous pouvons soutenir les associations, au nombre de quatre pour le moment : Les Restos du cœur, Août Secours Alimentaire, Le Chaînon Manquant, ou encore Bagageries Solidaires. La fondation est abritée par l’Institut de France, et nous l’avons dotée d’un capital permettant de couvrir tous les frais fixes pendant dix ans. Ainsi, 100% des ventes sont reversées à des associations. La fondation est ainsi reconnue d’utilité publique, c’est un gage de sérieux tant sur le plan artistique que financier. Et puis il existe des académiciens photographes, et cela favorise les relations interdisciplinaires.

Concrètement, quel type d’actions menez-vous ?

Par exemple, nous soutenons les Restos du cœur, et notamment le point de distribution situé rue Joubert, à Paris, dans le 9e arrondissement. Nous nous sommes engagés à financer 25 000 repas chauds – soit le besoin d’environ une année. Afin d’augmenter la collecte d’invendus, nous avons financé l’achat d’un camion  aussi (Renault Master – 28.500€).

Il est important de faire participer des gens durant les temps de distribution des repas : directeur de galerie, photographe ou membres du comité. L’action, c’est aussi sur le terrain.

© Nathaniel Aron / Photo4food

Le confinement a impacté vos activités, quels sont vos prochains rendez-vous ?

Le grand diner a été décalé en décembre 2020, le 2 décembre. Il s’agit d’un diner de charité organisé au sein de l’Institut de France. Il sera orchestré par les chefs étoilés Akrame Benallal et Alain Ducasse. Le repas sera suivi d’une vente aux enchères. Parmi les lots : votre portrait par Paolo Roverso, un cours de judo et une séance de coaching par David Douillet ou encore un déjeuner en tête-en-tête avec Yann Arthus Bertrand.

La fondation sera aussi présente au festival Planche(s) Contact, à Deauville. Quatre auteurs seront en résidence et exposeront leurs travaux durant le festival. Les images présentées seront vendues au profit d’associations luttant contre la pauvreté.

Vous préparez aussi un recueil, A cœur ouvert,  disponible début septembre…

Oui, il s’agit d’un ouvrage collectif et original proposant un regard sur le monde à travers le regard de onze écrivains et des photographes de la fondation. Un mot quant au concept : chacun des écrivains a réagi, à l’aveugle et avec son cœur, à des images qu’il découvrait pour la première fois.

Bien évidemment, la totalité des recettes sera versée à des associations.

Aujourd’hui, sur 22 photographes contactés, 21 ont répondu présent. Qui sont-ils et quel lien entretenez-vous avec eux ?

21 photographes ont donné environ 300 photos : FLORE, Julien Mignot, Anaïs Tondeur, Laetizia Le Fur, Sergey Neamoscou et Stanislas Augris, entre autres. Nous recevons régulièrement des demandes… Mais nous avons décidé de ne pas étendre le groupe pour le moment, car il est difficile de valoriser le travail de chacun s’ils sont trop nombreux, et il est important pour nous de leur rendre leur générosité. À travers des projets, nous veillons à donner de la visibilité à leur travail, à les connecter les uns avec les autres. Car on le sait, c’est compliqué pour les photographes – notamment les jeunes photographes –, de faire connaître leur travail, de monter des expos. Si on peut leur faire la courte échelle, on le fait. En janvier dernier, nous avions organisé un cocktail à l’Institut de France par exemple. L’idée était de réunir photographes, collectionneurs ou encore membres du comité, administrateurs d’autres fondations et personnes travaillant en laboratoire photo. On ne veut pas faire un supermarché de la photo. Nous proposons le catalogue complet sur le site, mais pour avoir des informations, il faut nous contacter, échanger. Les formats et tarifs sont définis avec les photographes.

© Julien Mignot / Photo4food

Quels étaient les critères dans le choix des 21 photographes ? Un ou une photographe pas assez engagé(e) a sa place au sein de la Fondation ?

On ne cherche pas des photographes, au sens humanitaire. Nul besoin de faire de la photo de guerre. Nous recherchons des photographes engagés dans une démarche artistique. Et il se trouve que la plupart d’entre eux développe une approche sensible au monde – mais ceci n’était pas un critère. Il nous fallait trouver un juste équilibre entre des artistes présentant une démarche affirmée, et ayant une carrière bien entamée. Sebastião Salgado n’a plus besoin qu’on lui ouvre des portes. Il ne fait ainsi pas partie des artistes ayant offert des œuvres à la fondation, mais il est membre du conseil d’administration. Il est une caution artistique et morale.

Nous avons été et nous sommes bluffés par la générosité et la gentillesse des auteurs. Les premiers ont donné leur accord sans même connaître le projet en détail. Le métier de photographe étant difficile, on pourrait se dire qu’ils pourraient d’abord travailler pour eux, pour gagner leur vie…. Mais non…. L’un d’eux nous a dit un jour : « Je donne car je pourrai être l’un des prochains bénéficiaires. »

Quel est le profil des acheteurs ?

Nous ciblons les collectionneurs et les particuliers sensibles à la photo, comme à la cause alimentaire. Nous démarchons aussi les entreprises désirant raconter une histoire. Car aujourd’hui, les photos exposées dans les salles de réunion viennent de bases de données, et sont encadrées à la va-vite. La photo est un élément de décoration comme les autres…

Que dire à un lecteur qui hésite à vous contacter, pour acquérir une image ?

Il ne faut pas hésiter à nous contacter ! Surtout que c’est sans obligation d’achat ! À chaque photo est associée une belle histoire à raconter. Surtout, qu’il ou elle se décomplexe ! Il y a quelque chose d’intimidant quand l’on s’apprête à entrer dans une galerie, ou à acquérir une photo. Ce n’est pas grave si on n’a aucune connaissance technique, si on ne connaît pas les subtilités des tirages ou si les grands noms du 8e art nous sont inconnus. Inutile de faire semblant de connaître tel ou tel auteur, il faut se laisser guider par l’émotion générée par une image… Telle est notre définition d’une bonne photo : une image qui arrive à maintenir l’émotion, dans la durée.

© Letizia Le Fur / Photo4food

© Sergey Neamoscou / Photo4food

Image d’ouverture © Letizia Le Fur / Photo4food