Ingénieur en informatique, Steven Barritt s’est reconverti dans l’image. Il pratique une photographie technique et méticuleuse. Dans Mythographies, l’artiste londonien érige le côté obscur de la nature humaine en mythes, et réalise des mises en scène des phases sombres de sa vie.

Fisheye : Peux-tu me raconter ta rencontre avec la photographie ?

Quand j’étais enfant, mon père avait sa propre chambre noire dans une dépendance de la ferme où nous vivions. J’étais fasciné par cet endroit étrange, et par la lumière rouge qui s’en échappait. Ensuite avec mes frères, nous avons reçu un appareil photo petit format. Il ressemblait à une brique orange, pour nous c’était très futuriste et on passait notre temps à faire des photos dans notre ferme. J’adorais envoyer le film et attendre une semaine ou deux pour que nos images arrivent.

Comment décrirais-tu ton approche photographique ?

Je suis très méthodique. Je commence généralement par faire des recherches approfondies sur un sujet qui m’attire, ou auquel je suis lié émotionnellement. Pour moi, la photographie est une exploration personnelle, initiée par un désir de comprendre. Durant le shooting, j’aime contrôler l’image. Je ne laisse aucune place au hasard : je maîtrise le contenu, la composition, la lumière ou encore l’ambiance.

Qu’explores-tu dans Mythographies?

La série est une quête personnelle, du côté obscur de la nature humaine. J’ai utilisé des histoires qui m’ont affecté directement, ou qui ont impacté mes proches. Je crée des fictions qui précisent les problèmes sous-jacents de ces récits. Dans cette série, je compare les mythes grecs aux tabloïds contemporains. C’est une sorte de catharsis de certaines phases sombres de ma vie. Dans un sens jungien, j’aborde, à travers un prisme contemporain, les personnages et les mythes comme des archétypes de l’inconscient collectif. Chaque image raconte sa propre histoire et a une existence propre, indépendante des autres. Et ensemble, les images révèlent un autre récit, celui de ces héros immoraux.

De quelle manière as-tu élaboré cette série ?

Je photographie comme si je peignais. Je commence par une toile vierge. Je renseigne quelques éléments de contexte – la scène – que j’éclaire pour la faire naître. L’acte final ? Déclencher l’obturateur. Parfois, j’esquisse les scènes avant, pour pouvoir planifier ce dont j’ai besoin (décor et modèles). Il s’agit ensuite de trouver un endroit où je peux construire ce décor et assembler les accessoires. Le processus de création de la scène peut prendre plusieurs mois. Ma préparation physique peut durer plusieurs mois également, car je suis le personnage principal de la plupart des images.

Cette série s’inscrit-elle dans une démarche artistique plus globale ?

Ce travail diffère d’un grand nombre de mes œuvres sur le plan esthétique – ne serait-ce que par la palette de couleurs choisie. En termes de contenu, Mythographies fait partie intégrante de mon approche globale. J’aime explorer la relation entre la photographie et notre perception du réel. J’ai pour habitude de construire des images qui évoquent une chose et qui en montre une autre, et qui rappelle la nature insaisissable du refoulement.

© Steven Barritt