Le photographe documentaire signe The Scooter Club, une série réalisée avec les membres du « Cloud 9 Scooter Club », encore fidèles à leurs rêves de jeunesse. Entretien.

Fisheye :  Pourrais-tu livrer quelques éléments de contexte quant à ta série The Scooter Club  ?

Craig Easton : Cette série de portraits a été réalisée à Birkenhead, près de Liverpool. Au Royaume-Uni, dans les années 1960,  il y a eu une grande rivalité entre deux sous-cultures : les mods et les rockers. La rivalité marqué par la musique, la mode et les motos a été portée au grand écran dans le film Quadrophenia, du nom du disque des Who de 1973. L’univers des mods était marqué par les scooters, les costumes et la musique de groupes tels que The Who ou The Small Faces. Les « rockers », eux, portaient des jeans et des habits en cuir, chevauchaient des Harley Davidson et écoutaient Led Zeppelin.

Qui sont les membres du « Cloud 9 Scooter Club » ?

J’ai vu ce groupe de mods qui se réunissait devant un petit café chaque semaine dans la ville industrielle de Birkenhead, au nord du Royaume-Uni. Ils se font appeler le « Cloud 9 Scooter Club ». Ils avaient pour la plupart plus de soixante ans, et restaient accrochés aux rêves de leur jeunesse : ils conduisaient toujours les mêmes scooters Vespa et Lambretta. Ils portaient les mêmes vêtement, bref, ils avaient encore 21 ans dans leur tête.

Que voulais-tu immortaliser en réalisant ce projet ?

En dehors de la musique−, les mods étaient célèbres pour leur style vestimentaire et la façon dont ils décoraient  leurs scooters. Ils arboraient le drapeau du Royaume-Uni et la cocarde de la RAF (Royal Air Force) et mettaient le plus de phares possibles sur leur véhicule. J’ai été fasciné par ces rêves qui les poursuivaient cinquante ans plus tard. Bien que leur tenue soit mise en avant, il ne s’agit pas de photos de mode. Ce ne sont pas non plus des photos d’automobile. Cette série documente les vestiges d’une jeunesse et la façon dont nous nous accrochons à celle-ci. La musique que nous aimons et le style que nous développons à l’adolescence semblent ne jamais nous quitter, comme des totems qui balisent notre existence.

As-tu une anecdote à partager ?

Quelques semaines après la réalisation des premières photographies, j’ai découvert une vieille base inactive de la RAF, située à environ 25 km du café et j’ai retrouvé la cocarde rouge, blanc et bleu. Elle n’était pas du tout associée au Scooter Club,  mais cette ancienne façade était parfaitement liée au style des mods. Plus tard, je les ai photographié dans ce décor. Les murs décolorés illustre la manière dont les mods ont refusé de laisser leur style de vie s’effacer.

Des projets à venir ?

Je travaille en ce moment sur Seize ans. Il s’agit d’un projet collectif mené avec des photographes contemporains. Nous réalisons des portraits et recueillons les témoignages de jeunes âgés de seize ans et issus de tous les horizons. C’est un moyen d’examiner comment l’origine sociale, l’ethnicité, le sexe et l’éducation, marquent leur identité.

© Craig Easton