Clément Sanna, 28 ans, est un graphiste, photographe et aventurier français. Cet été, il s’est rendu à Lanzarote, sur l’île des Canaries et a réalisé sa série Hunting Rabbits (ndlr, « chasse au lapin », en français). C’est avec une curieuse intimité qu’il a documenté l’univers de la chasse. Entretien.

Fisheye : Comment as-tu découvert la photographie ?

Clément Sanna : Enfant, j’ai découvert de vieux boîtiers argentiques de mes parents dans de vieilles caisses. Il y avait un 35 mm, un Instamatic et un Polaroid. J’avais l’impression de découvrir un vrai trésor ! J’étais captivé par les objets en eux-mêmes. J’ai commencé à faire des photos à la fin de mes années de lycée. J’allais récupérer des pellicules périmées dans des labos photo. Cela me permettait d’expérimenter l’argentique à faible budget. J’ai ensuite démarré une pratique plus sérieuse en achetant du matériel. Les vieux films Time Zero de Polaroid ont été une révélation, j’aimais beaucoup cet aspect jauni et baveux !

Qu’aimes-tu photographier ?

 J’aime fabriquer des images. J’ai développé une approche documentaire. Je m’intéresse aux gens, à leur façon de vivre. J’aime capturer l’ordinaire, le banal aussi : une façade de maison, un parking, une chambre d’hôtel ou encore un poulailler…

Dans quelle mesure tes voyages influencent ta photographie ? 

C’est un bon moyen pour moi de faire des images et des rencontres qui ne sont pas planifiées, loin de mes repères habituels. Cette série n’était pas prévue avant de partir. Je sais un peu le genre de paysages et d’ambiances qui m’attendent, mais l’inspiration vient vraiment sur place, avec le hasard.

En regardant tes images, on se croirait en Amérique, qu’en dis-tu ?

J’ai toujours été fasciné par les paysages des États-Unis. Ce n’est pas la culture avec laquelle j’ai grandi, il y a quelque chose de fantasmé et d’inaccessible dans ces paysages. Les maisons, les voitures, les gens, les routes, les grillages, la lumière, tout est source d’inspiration pour moi. J’aime jouer avec cette esthétique et cet imaginaire. Je me nourris de cela en permanence.

Qu’as-tu voulu montrer à travers tes photos ? 

J’aime me focaliser sur un sujet bien précis. Ici, le monde rural. Je me suis questionné sur le mode de vie, le quotidien, les habitudes des habitants de l’île. Et puis je me suis plus particulièrement  intéressé à la chasse, une pratique récurrente là-bas.

Que représentent ces décors ?

Il y a une atmosphère presque irréelle, on ne sait pas vraiment où l’on se trouve puisque je ne donne aucun indice spatial ni temporel. J’installe le doute. Finalement, ce jeu avec les décors relie mes séries les unes aux autres.

Peux-tu nous parler de tes rencontres ?

Cela s’est fait très simplement et de façon spontanée.  J’ai réalisé la plupart de mes photos durant la pause-déjeuner des chasseurs. J’ai commencé à faire des photos puis ils m’ont offert à boire. C’était intéressant de documenter ce moment précis de la journée, de pénétrer dans les coulisses. Un moment calme durant lequel le groupe se retrouve et reprend des forces. J’étais en immersion totale.

Quel appareil as-tu utilisé ?

Un Fujifilm X100T. Je le trouve adapté pour ce genre de projet, pour la photographie sur le vif. Il est discret et silencieux. Mes sujets oubliaient presque que je l’ai photographiais. J’alterne entre le Polaroid, le 120 mm et le numérique. Cela me permet de me renouveler et de varier le rendu. 

Photos par © Clément Sanna