FisheyeQuand as-tu commencé Instagram ?

Guillaume Dutreix : J’ai commencé Instagram à peu près sérieusement il y a environ neuf mois. Pour moi, au début, c’était seulement une application pour faire des photos, mettre des filtres et les partager avec ses amis. En fait, je me suis rendu compte qu’il y avait des photographes professionnels ou semi-professionnels qui l’utilisaient comme un moyen de partager leur travail. Je me suis dit que ça pouvait être un moyen intéressant de créer, de partager et d’avoir un retour immédiat. L’inconvénient d’un site, c’est que ça fonctionne un peu comme une carte de visite. On n’a aucun retour direct, c’est très froid. Instagram, c’est aussi un moyen de présenter son travail, mais avec un retour direct par les commentaires, les likes etc.

Communiques-tu avec tes followers ?

Énormément. Pour moi, c’est la partie la plus intéressante d’Instagram. Du coup, j’ai rencontré plein de photographes hyper talentueux que je ne connaissais pas. J’ai commencé à commenter leurs images, certains ont commencé à commenter les miennes… On se donne nos impressions… C’est ce qui donne l’envie de faire des photos sur Instagram.

Prends-tu tes photos uniquement avec ton iPhone ?

Au début, j’ai commencé 100% iPhone. Ça m’a frustré, donc je me suis acheté un appareil photo uniquement pour Instagram, un Fujifilm X100S. Les couleurs sont parfaites, la qualité est vraiment bluffante et il est hyper léger. Je voulais avoir l’équivalent d’un téléphone. Mon « Fuji », je le prends quasiment tout le temps.

Avec quels logiciels retouches-tu tes photos ?

Celui que j’utilise le plus, c’est VSCO. Je pense que 90% des gens s’en servent. C’est lui qui a les plus beaux filtres. Ce n’est pas comme ceux d’Instagram qui changent l’image à 90%. Là, ce sont des filtres très légers qui vont juste donner un peu de contraste, un peu de peps. Ça fait un peu ressortir les couleurs et ça donne de beaux trucs. C’est surprenant. Quand on fait une photo iPhone brute, ce n’est jamais très sexy. Puis j’utilise aussi SKRWT pour redresser les perspectives.

Comment arrive-t-on à plus de 75 000 followers ? Est-ce que c’est facile à gérer ?

Un matin, j’étais à 1600 followers, puis dans la nuit, j’avais gagné 1000 ou 2000 followers. Je me suis dit : « Qu’est-ce qui se passe ? » Je ne comprenais pas, je pensais qu’on m’avait hacké mon compte… En fait, j’ai reçu un mail d’Instagram qui m’a signalé que j’avais été sélectionné pour être utilisateur suggéré. Cela a été un coup de boost formidable. En trois semaines, j’ai gagné plus de 70 000 followers. Ça m’a permis de recevoir de plus en plus de demandes par le biais d’Instagram. Avant d’être utilisateur suggéré, j’étais moins regardant, un peu plus spontané. Maintenant, je réfléchis un peu plus avant de poster une image. Si je ne suis pas content à 100% de la photo, je ne vais pas la poster, je réfléchis davantage.

Est-ce qu’on est moins bon photographe sur Instagram ?

Ah non, pas du tout ! Justement, Instagram a été une deuxième école pour moi. Ça m’a poussé à faire des photos de ce qui m’entoure alors qu’avant, j’avais une démarche très cérébrale : je pensais mes photos avant de les faire. Maintenant, je prends des photos de choses qui ne vont pas forcément m’inspirer, comme Paris. Puisqu’il y a des gens qui vous suivent, il y a une attente, on a l’obligation de faire des photos. Ça nous pousse à trouver quelque chose.

Tu parles d’Instagram comme étant « une deuxième école » pour toi.

Ça m’a fait progresser en tant que photographe. À l’école des Gobelins, on t’apprend uniquement la technique, on ne t’apprend pas à avoir un œil de photographe. Ça, tu l’apprends tout seul. La technique aide à faire de belles photos, mais ça ne suffit pas. Pour moi, c’était très important de faire une formation complète afin d’acquérir une base technique solide pour ne pas avoir de contraintes ou de frein dans la création. Je sais arriver à ce que je veux.

Instagram m’a forcé à consommer beaucoup de photos. Le fil d’actualité fait travailler l’œil car, chaque matin, je vois au moins 150 à 200 belles photos par jour. C’est le côté excessif de la consommation de photos. On regarde énormément de choses donc, inconsciemment, on a des compositions d’images qui s’inscrivent. Ça donne des idées conscientes ou inconscientes sur ce que l’on va faire. On ne suit que des personnes qu’on aime. On ne voit que des photos qui nous plaisent. Instagram pousse à faire des photos, donc on s’améliore de jour en jour. Le fait de devoir poster des images pousse à produire, à progresser. C’est un défi pour moi.

As-tu déjà été contacté par des marques ou des professionnels ?

Oui [mais] j’ai refusé, car je ne trouve pas que ce soit très opportun de faire ça sur Instagram. Je sais qu’aux États-Unis, les marques travaillent beaucoup avec les réseaux sociaux alors qu’en France, non. Pour moi, dans l’absolu, ça me gène un peu, car ce n’est pas le but d’Instagram. L’objectif, c’est de montrer son œil de photographe et de le partager avec les autres. Si ça devient un boulot à part entière, je ne trouve pas ça trop excitant.

Comment alimentes-tu ton compte ?

Je ne poste jamais plus d’une photo par jour. Mon maximum, c’est deux, matin et soir, mais c’est plutôt rare. Il y a des semaines où j’y arrive facilement car je suis en déplacement. J’étais en Bretagne il y a deux semaines. Là-bas, j’en ai fait plein. Une fois qu’on rentre à Paris, dans le quotidien, quand on est au travail, on a moins le temps. Il m’arrive alors de poster deux ou trois photos dans la semaine.

Que penses-tu de l’évolution de la photo à l’ère des réseaux sociaux ?

Ce qui est chouette, c’est ce côté immédiat et le fait de pouvoir partager ce que l’on fait. On prend une photo et, dans la minute, on a des retours. On peut communiquer avec des gens partout dans le monde. Ça me rappelle quand je faisais de la musique. Avec MySpace, c’était la même chose : on mettait un morceau et tout de suite, on avait des avis. C’était le côté immédiat du partage. Je retrouve cet aspect instantané avec Instagram.

> Propos recueillis par Élodie Londas Hoarau.