« Pour eux comme pour nous, tout ne tient qu’à un fil », lance Wajdi Mouawad dans la préface du livre Fragiles. Pandémie, croissance sans fin, solitude, réchauffement de la planète, exode… Aux Rencontres d’Arles, à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, Tendance Floue partage sa vision d’un monde vulnérable et offre de nouveaux imaginaires. Rencontres avec deux des quinze photographes du collectif, Yohanne Lamoulère et Meyer, aux manettes d’un projet amorcé il y a plusieurs années.

Fisheye : L’exposition présentée au  sein de la Fondation Manuel Rivera-Ortiz rend compte d’un équilibre entre la fusion et la singularité. Comment êtes-vous parvenus à trouver ce point de justesse ?

 Yohanne Lamoulère et Meyer : Nous voulions conserver cette particularité très “Tendance Floue” qui est de mêler les images, faire apparaître le 16e photographe, comme dit Meyer. Mais ces narrations individuelles, produites pour la plupart pendant le confinement, avaient cette vie propre qui les rendait difficilement assimilables. S’en est donc suivie la création de deux corpus distincts : le personnel et le collectif. Nous avons puisé dans ces ressources autonomes. Il nous fallait accorder les langages des photographes pour la voix de Tendance Floue.

Comment se décline la fragilité dans cette exposition ? 

Le sujet est immense et un seul projet ne saurait avoir la prétention d’embrasser toute la thématique – cela reste subjectif – et nous nous sommes attachés à équilibrer nos approches. Fragiles s’est construit autour de sujets très ancrés dans le réel avec les questions des migrants ou de la fin de vie par exemple, mais nous nourrissons aussi des approches plus mystérieuses autour des rites ou du rêve. C’est la diversité qui alimente le regard commun.

Avez-vous redécouvert des images en préparant cette exposition ? 

Toujours. Sur un projet de cette ampleur avec un nombre important d’images produites le choix est complexe et laborieux, des images qui ne sont pas retenues au premier abord pourront toutefois revenir trouver une place dans l’exposition ou le livre, car elles finissent par trouver leur fonction auprès d’une autre et ainsi enrichir le travail collectif. C’est toujours l’image qui a le dernier mot.

Fragiles se décline en un livre aussi… Que trouvera par exemple le visiteur qui possède déjà le livre ?/ Qu’est-ce que cette exposition apporte de plus ? 

La réalité d’une expérience vécue, le fait de se mouvoir, d’exercer sa vue, de tenter plusieurs points de vue. L’exposition reste la modération la plus appropriée à la photographie : le tirage, par sa grandeur et sa qualité, permet d’apprécier pleinement une image, et l’émotion qui s’en dégage.

Que souhaitez-vous provoquer chez les spectateurs ? 

Le credo de Tendance Floue est de générer du trouble, une forme de questionnement sur un aspect de l’existence. Nourri d’images, le spectateur ainsi perturbé développe sa propension à l’imagination, à la réflexion.

De quelle manière Fujifilm vous a accompagnés sur ce projet ? 

Fujifilm est d’un grand soutien. La marque a déclenché la possibilité du projet et sa réalisation grâce à un apport financier important. Nous avons pu profiter d’une large gamme d’appareils aussi.

Un dernier mot ? 

La fonction naturelle du photographe est de coller à l’époque, encore faut-il s’attacher à regarder ce qu’elle nous propose. En faisant le choix de s’interroger aujourd’hui sur la notion de fragilité nous voulons enrichir les débats qui nous concernent, les enjeux, et à le partager auprès de notre public.

Fondation Manuel Rivera-Ortiz 
13 rue de la Calade, Arles
Jusqu’au au 28 août 2022

© Tendance Floue